(Avertissement, ce texte est brut. Il n’a pas fait l’objet de correction. Je remercie les lecteurs de me signaler les erreurs et les fautes que vous pourriez relever. C’est un petit roman. J’espère que vous aurez plaisir à le lire)
Madeleine avait raison. S’il voulait avoir une chance de rencontrer à nouveau cette merveilleuse femme qui le rendait pleinement homme, il devait visiter et fréquenter les lieux où, de notoriété, elle était venue, et même plusieurs fois, rencontrer les personnes auxquelles elle s’était offerte. Des personnes de toutes conditions qui, pour une raison ou une autre, avaient méritées sa sollicitude et sa bienveillance.
Ce sera un long voyage mais plus certainement une grande aventure. Probablement sa première et dernière aventure.
Cela faisait plusieurs mois que Gérard se préparait. Il avait réalisé tous ses biens. Vendu sa maison, ses meubles, quelques œuvres d’art qui se sont révélées moins valeureuses que le prix qu’il avait payé pour les acquérir. Liquider divers placements financiers qu’il avait constitués en vue d’avoir une retraite financièrement confortable. Maintenant il vivait dans un petit studio meublé qu’il louait dans l’attente du grand jour de son départ à la recherche de son Graal.
Grace à la complicité d’un ami médecin de Madeleine, il était en arrêt de travail. Il était à deux ans de sa retraite de la fonction publique. Il travaillait pour l’administration des impôts. Il négociait avec la direction de son service pour une éventuelle mise en pré-retraite. Sur ce plan-là il avait bon espoir. Grace au capital réuni et à son éventuelle retraite anticipée, même si sa pension serait modeste, il pourrait vivre sobrement plusieurs années et ainsi se consacrer pleinement à sa quête.
Dans les prochains jours on allait lui livrer le camping-car qu’il avait acheté. Suffisamment grand pour qu’il puisse avoir une chambre séparée d’un salon cuisine qui serait la principale pièce à vivre. Suffisamment petit pour qu’il puisse se faufiler sur toutes les routes qu’il devra emprunter.
Madeleine, qui était devenu une amie sincère et proche l’avait grandement aidé. Elle l’avait accompagné dans sa recherche et dans la compréhension de ce qu’il lui était probablement arrivé. Chrétienne, croyante et pratiquante, elle avait une connaissance approfondie de sa religion. Gérard, lui, restait campé sur ses convictions d’athée. Il ne croyait pas à l’existence d’un dieu tout puissant créateur du ciel et de la terre et de toute chose.
Cependant il ne pouvait nier l’existence de celui qu’on appelait Jésus de Nazareth, ni surtout, l’existence de sa mère qui s’appelait Marie. Ces deux personnes avaient vécu une tragédie universellement connue qui deviendra le fondement de la religion chrétienne. Gérard pouvait croire en Jésus et en sa mère Marie sans être obligé d’y mettre une dimension divine.
Il avait fait toutes ses études jusqu’au baccalauréat dans une institution religieuse catholique. L’étude des textes bibliques, Ancien et Nouveau testaments, il connaissait. On lui avait expliqué, en long et en large, les histoires merveilleuses d’Adam et Eve, de Moïse, d’Abraham, de Jésus, des apôtres et de tous les saints …. Mais, à la fin, il avait bien compris la différence entre le croire et le savoir. Entre le symbolique et le réel.
Il se rappelle bien le jour où le doute a commencé à s’immiscer dans son esprit. C’était un après-midi, lors d’un temps de récréation à Saint-François. Dans une des cours de l’école il rencontre Ernest A., le Père Supérieur directeur de l’école. Il avait toujours eu une relation très paternelle vis-à-vis de Gérard. Pour le dire différemment ‘’il l’avait à la bonne’’. Ce jour là donc, Gérard décida de poser la question qui tue :
« Bonjour mon père, puis-je vous poser une question ? »
« Bien sûr. Pose ta question Petit Joseph »
Dès le premier jour dans cette école, lors de son inscription en classe de primaire, le Père Supérieur avait décidé d’autorité de l’inscrire sous le prénom de Joseph, qui était son deuxième prénom. Le prétexte étant que Saint Joseph était un plus grand et nettement plus ancien saint que Saint Gérard qui vécu au 17 -ème siècle.
« Mon père, on nous a appris lors de nos enseignements religieux, que le Dieu Éternel tout puissant, créateur du ciel et de la terre et de toute chose est aussi un Dieu omniscient. Ce qui veut dire qu’il connait le passé, le présent et l’avenir. Dieu a décidé de mettre dans le paradis qu’il avait créé, Adam, Eve, un pommier et un serpent avec l’interdiction faite à Adam de toucher et de manger la pomme. Dieu savait bien, à l’avance, qu’Adam, encouragé par Eve, elle-même convaincu et tromper par le serpent, allait croquer cette fameuse pomme interdite.
C’est l’infraction à cette interdiction qui sera le ‘’péché originel’’ qui fera que Adam et Eve seront chassés du Paradis. Il me semble donc que ce ne sont pas Adam et Eve qui sont coupables d’avoir péché et d’être ainsi à l’origine du malheur des hommes. Sachant, à l’avance ce qui allait se passer, c’est donc Dieu qui a créé le ‘’Péché originel’’ est non Adam. N’est-ce pas ? »
Le Père Supérieur pris un certain temps de réflexion avant de répondre. Gérard qui croyait à la justesse de son analyse attendait la réponse qui serait probablement longue. Mais non la réponse fut brève et courte comme pour éviter de répondre à la question :
« Écoute bien Joseph : tout ça c’est de la symbolique. » Après avoir appuyé sur chaque syllabe, le Père supérieur tourna le dos et s’éloigna, laissant Gérard sans réponse et dans une totale perplexité.
Il l’avait appelé Joseph et non Petit Joseph. Peut-être que cette question l’avait grandi aux yeux du Père supérieur.
Gérard respectait les personnes qui sont dans la croyance d’un dieu quel qu’il soit. Mais pour lui-même il préfère rester du côté du savoir. Il se voulait, avant tout, un sachant.
Il pourrait, bien sûr, suivre Pascal dans ‘’ses pensées’’ mais il trouve inutile et absurde de parier sur l’existence d’un Dieu.
Cependant pourrait-il totalement exclure une éventuelle transcendance de Marie, mère de jésus ? Pourrait-il, à la manière de Pascal, parier sur cette transcendance ?
Après avoir beaucoup échanger avec Madeleine, Gérard a finalement décidé de faire ce pari. Il n’a rien à perdre et tout à gagner. Cette quête, qu’il va entamer, donnera, peut-être, un sens à sa vie.
Jusqu’à maintenant il avait été un homme imparfait dans tous les sens du terme.
A cinquante-huit ans il était toujours célibataire n’ayant jamais pu fonder un foyer accompli. Plusieurs fois, bien qu’elles ne fussent pas nombreuses, il avait eu des occasions d’épouser des femmes sincèrement et honnêtement éprises. Mais accepter un mariage ou une autre union aurait été déloyal et surtout une ‘’bombe à retardement’’ pour le couple.
Gérard, bien qu’imparfait, était un honnête homme. Dans tous les sens du terme, intellectuellement et civilement parlant. On peut le décrire comme une personne cultivée, respectueuse, juste et intègre. Ce qui constituerait un grand compliment sur ses qualités personnelles et morales et qui expliquerait surtout pourquoi à son âge déjà avancé il est toujours seul.
Avec l’aide de Madeleine, Gérard avait beaucoup réfléchi comment organiser sa nouvelle vie qui s’annonçait.
Madeleine, une rencontre imprévue mais qui se révèlera bénéfique sinon pour son âme du moins pour son état d’esprit. Mariée sans enfants, après quelques années, le couple s’était séparé. Maintenant, célibataire depuis plusieurs années, elle avait 43 ans et elle exerçait son métier de psychothérapeute en libérale. Ses journées étaient bien remplies de la complexité humaine. Profondément croyante, elle organisait sa vie et ses relations avec les autres dans le respect des enseignements de Jésus Christ. Empathie et compassion sous-tendaient toute sa démarche professionnelle. Cela lui permettait de mieux comprendre l’origine des problèmes et des souffrances de ses patients. Son visage ‘’solaire’’ et son expression bienveillante encourageaient naturellement, ces derniers à dévoiler leurs secrets et à partager leurs souffrances et leurs angoisses. Et c’est ainsi que Gérard, dès sa première visite, lui avait dévoilé et raconté, dans ses moindres détails, l’extraordinaire aventure qu’il avait vécu avec cette énigmatique dame rencontrée quais des Martyrs de la Résistance à Conflans un an et demi auparavant.
Le vrai prénom de Madeleine était Marie-Madeleine. En tant que chrétienne et très croyante, elle estimait que ce prénom était trop connoté avec le christianisme.
Marie-Madeleine figure tutélaire, symbolique, spirituelle et peut-être aussi la compagne de Jésus, continue d’inspirer et de fasciner les gens de diverses croyances par le monde.
Madeleine ne voulait pas être une Marie-Madeleine.
Quelquefois pour la taquiner, dans des moments de joyeuseté, Gérard lui disait :
« Tu es ma Marie-Madeleine à moi. »
« Et je ne te confonds pas avec la madeleine de Proust. »
Alors elle rougissait et fuyait son regard.
Tout n’avait pas été encore tout dit entre ces deux-là.
Pourtant, Madeleine était la seule personne au monde qui connaissait l’intégralité de l’histoire qui va bouleverser la vie de Gérard.
Ils avaient convenu que la prochaine vie de Gérard serait marquée sous le signe de la sobriété. Modération, simplicité et retenue seront les maîtres mots de sa future vie. Débarrassé des contingences superficielles, sans réelles importance, il pourra se concentrer pleinement sur l’objectif qui, maintenant, comptait vraiment dans sa vie : ‘’trouver et rencontrer, à nouveau, la merveilleuse dame’’.
La vie d’une personne qui vit seule n’est pas toujours rose. Il faut savoir se créer des moments de petits plaisirs. Gérard aimait être bien et correctement habillé car il estimait qu’être bien vêtu était une marque de respect envers les autres. Alors, régulièrement il faisait les boutiques à la recherche d’une chemise ou d’un nouveau pull, d’un vêtement qui renouvèlerait son look. Il y prenait un réel plaisir. Il aimait la littérature et il achetait beaucoup de livres. Il n’aimait pas emprunter les livres car une fois lu, la possession du livre est pour Gérard comme une pierre blanche sur son chemin. Il fréquentait régulièrement les cinémas et lisait toujours les critiques pour être informé des sorties des nouveaux films.
Il aimait aussi déguster un ou deux verres (maximum) de Porto devant sa télévision à regarder les infos ou ses émissions préférées. Il pratiquait régulièrement du sport. C’était très important pour lui, une activité hygiénique afin d’entretenir sa forme et sa santé. Surtout le vélo qui était son activité sportive favorite. Et aussi peut-être la cause de tout ce qui est arrivé et arrivera à Gérard.
Somme toute, ces petites habitudes étaient assez modestes. Les abandonnées ou les réduire ne sera probablement pas trop difficile sauf, peut-être, l’abandon de sa bibliothèque. On va vivre et on verra bien. L’avenir décidera.
A ce jour, ce qui est sûr pour Gérard, c’est qu’il ressent un terrible ‘’manque’’ dû à l’absence de cette femme. Il sait que cela deviendrait de plus en plus insupportable s’il n’agissait pas, s’il ne faisait rien pour remédier à ce manque.
Madeleine lui avait été très précieuse pour préparer son voyage. Ils se côtoyaient depuis plusieurs mois maintenant. Petit à petit elle avait été le réceptacle de tous ses petits, grands et inavouables secrets. Aujourd’hui Gérard n’était plus un secret pour Madeleine.
Elle avait compris et ressenti sa profonde souffrance qui l’isolait du monde. Elle était convaincue que l’intime problème de Gérard pourrait être surmonté. Oui, pour Madeleine, Gérard pourrait devenir l’homme normal qu’il avait toujours rêvé et désiré être. Dans sa vision du monde il suffisait de croire et de vouloir. Alors, elle l’avait encouragé, conseillé et aidé dans ses démarches pour atteindre la liberté. Cette complète liberté qui lui permettrait de se consacrer entièrement et exclusivement dans la recherche de cette merveilleuse dame. Cette énigmatique femme qui avait, après quelques instants d’une totale et intense intimité, ravi son âme.
Quelques vêtements pour le chaud et le froid ; quelques objets du quotidien pour faire à manger, dormir, se laver et se soigner ; des provisions de bouches pour au moins une semaine ; quelques livres et souvenirs pour réchauffer des moments de grande solitude ; tout avait été choisi et calculé au millimètre. Un camping-car n’est pas extensible.
Enfin tout était prêt. Le départ était fixé au lendemain matin.
Un ‘’ultimo abbraccio’’ comme disent les italiens.
Ils restèrent un long moment étroitement enlacé. Ressentaient-ils déjà que la séparation qui s’annonçait serait plus inentendu et difficile que prévu ? C’est Madeleine qui décida la première de rompre l’étreinte qui risquait de s’éterniser.
Il fallait que Gérard parte, cherche et trouve.
Pour Madeleine c’était le seul chemin pour ramener Gérard et le revoir un jour ressusciter en un homme nouveau prêt pour le bonheur.
Alors comme aurait dit le metteur en scène : ‘’action on tourne’’
Gérard tourna la clé du démarreur. Le moteur vrombit. Le camping-car s’élança sur la route.
En cet exact moment Gérard sut que s’il trouvait ou ne trouvait pas il reviendrait.
Deux ans auparavant dans la douceur de Conflans,
Ce jour-là, rien n’avait été prévu. On avait annoncé une météo déplorable. De la pluie et du vent toute la journée. Il n’était donc pas question pour Gérard d’effectuer sa sortie quotidienne à vélo. Cela aurait dû être une bonne journée de repos absolu.
Étrangement, dès le début de l’après-midi, le mauvais temps s’affaiblit et le beau temps força le passage. L’épaisse couche de nuage qui avait déversé des torrents de pluie pendant des heures commença à s’effilocher. Des fenêtres de ciel bleu s’ouvraient de plus en plus dans le ciel obscur et le soleil n’allait pas tarder à apparaître pour réchauffer l’atmosphère et sécher le paysage.
Aux premiers rayons de soleil Gérard décida de partir à vélo faire un circuit qu’il avait envie de suivre depuis longtemps : remonter la Seine à partir de Conflans jusqu’au pont de Maisons-Laffitte, traverser la Seine et revenir sur Conflans à travers la forêt de Saint Germain en Laye. Une sacrée distance d’environ 40 km depuis son point de départ. Une fois son circuit entamé il décida de ne pas trainer en route et de mettre le turbo. Il voulait rentrer pour les informations de vingt heures. Deux heures plus tard, un peu fatigué mais heureux il avait bouclé le circuit Conflans-Maisons-Lafitte-Conflans en un temps record.
Légèrement essoufflé, Il décida de s’octroyer quelques minutes de récupération en allant s’assoir sur un des bancs le long du quai des Martyrs de la Résistance. Caressé par une légère brise, la Seine s’écoulant tranquillement à ses pieds, il ferma les yeux pour savourer ce bref repos mérité.
Quelques instants plus tard lorsqu’il ouvrit ses yeux il vit qu’une personne s’était assise sur le banc à côté de lui. C’était une dame, disons d’un certain âge.
« Bonjour Madame » dit-il pour la saluer aimablement.
« Bonjour » lui répondit-elle tout simplement.
Après quelques minutes de silence, alors qu’ils étaient assis côte à côte sur ce banc à contempler une péniche qui remontait la Seine, la dame se tourna vers lui.
« Puis-je vous faire une demande ‘’jeune homme’’ ? »
Il se tourna vers elle pour lui répondre et mieux la regarder.
Une chevelure blonde, un teint clair, des yeux clair peut être bleu. Son visage, lisse un peu poupin avec un petit nez bien droit, dégageait une sérénité heureuse. Un léger sourire fleurissait ses lèvres. Elle devait être un peu plus âgée que lui. Quelques années tout au plus.
« Vous dites ‘’Jeune homme’’ ce n’est peut-être pas le mot juste mais je ne vous contredirai pas » Répondit-il en souriant.
« Disons même que j’accepte ce qualificatif en hommage à mon coiffeur ».
Ses cheveux étaient aussi blonds que la blondeur de l’abondante chevelure de la dame.
« Et en quoi puis-je vous être utile ? »
« Écoutez, j’aimerais vous sucer. Si vous êtes d’accord bien entendu ? »
Sa voix était douce et calme. Avait-il mal compris ? Était-ce une plaisanterie ?
Il la regarda avec beaucoup plus d’attention. Non son visage était toujours aussi serein sans aucune rougeur. Ses yeux semblaient même pétiller un peu au-dessus d’un sourire qui s’élargissait et laissait voir une blanche et régulière dentition.
« Attendez avant de répondre et laissez-moi, s’il vous plait, vous expliquer. » Dit-elle toujours avec cette voix douce et calme.
« Voilà. Cela fait maintenant plusieurs années que je suis veuve et je rajouterais que cela fait vraiment beaucoup d’années. Trop d’années peut-être ?
Ce matin, juste après mon réveil alors que j’étais encore dans mon lit, je ressentis une intense et irrépressible envie de sucer le sexe d’un homme. Pourquoi tout d’un coup cette envie ? Pourquoi ce matin précisément alors que cela fait des années que je n’ai pas connu un homme dans son intimité ? Cela ne m’avait pas manqué jusqu’alors.
Je m’étais levée et j’avais relevé le store de ma fenêtre. Dehors les arbres étaient agités par un fort vent et la pluie tombait dru et de travers. Le ciel nuageux était bas et gris avec des zones très sombres. La rumeur du vent qui filtrait et ce paysage triste et mouvementé me faisaient frissonner. J’ai enfilé rapidement ma robe de chambre car il faisait frais ce matin. J’ai pris ensuite tout mon temps pour mon petit déjeuner et ma toilette car ce n’était certainement pas aujourd’hui que je sortirai me promener. Les heures s’écoulaient lentement. L’idiote envie de ce matin semblait s‘être éloignée de moi.
Après déjeuner la pluie avait cessé. La rumeur du vent s’était tue. Les arbres avaient retrouvé leur posture calme et immobile. Je levais les yeux vers le ciel et je vis des fenêtres de ciel bleu qui s’ouvraient de plus en plus dans le ciel obscur. Le soleil n’allait pas tarder à apparaître pour réchauffer l’atmosphère et sécher le paysage.
C’est alors que ressurgit cette furieuse envie de sucer un homme. Elle me sauta au visage comme si je recevais une gifle. Mon visage était devenu brulant et rouge d’excitation.
Mon Dieu que se passe-t-il ? Que m’arrivait-il ? Comment briser cette envie qui me semble inaccessible et inopportune ? Devrais-je assouvir cette envie mais alors comment faire ? Où vais-je trouver l’homme ?
Dehors des rayons de soleil apparaissaient de partout et le paysage baignait dans une étrange et belle lumière. Je ne ressentais plus la fraicheur de l’air. Au contraire mon corps semblait rempli d’une douce chaleur. Quelle drôle et intrigante journée. Le soleil rayonnait et je décidais de descendre me promener sur les bords de la Seine. Alors que j’arrivais sur le quai je vis ce banc où vous étiez assis avec une place libre à coté de vous. Me voilà donc.
Pensez-vous que cela soit si étrange en cette belle fin d’après-midi ? »
Tout ceci avait été dit d’une voix douce et posée comme si le contenu de ce discours n’était en rien extraordinaire.
Après la surprise et disons même le choc de sa première demande ‘’j’aimerais vous sucer’’ l’esprit de Gérard était en pleine confusion. Il essayait de retrouver son équilibre et sa logique.
Le visage de la dame était tourné vers lui et son regard maintenant bleu était rempli de franchise. Elle apparaissait plus séduisante qu’au début. Où était la faille ?
Est-ce une professionnelle ? Une occasionnelle qui avait mis au point une belle histoire pour draguer le chaland ? L’esprit de Gérard était à la peine pour retrouver sa capacité d’analyse et sa sagacité. Aussi, après quelques instants sans voix, il décida de répondre avec provocation et un peu d’humour. On verra bien.
« Après toutes ces années, disons d’absence, saurez-vous faire la chose avec toutes les qualités requises ? »
Il vit qu’elle était manifestement soulagée de ne pas avoir eu un rejet ou un refus brutal de sa part.
« Je crois que oui. Je saurais faire la chose avec toutes les qualités requises comme vous dites »
« Je crois que, quand on veut faire quelque chose à une personne et pour que cette chose soit très appréciée, il faut la faire avec amour. »
« En tout cas c’est ainsi que je propose de vous faire………. la chose avec beaucoup d’amour. »
Il resta un moment sans voix et pendant son silence elle le regardait avec un regard plein d’espérance et aussi, peut-être, derrière cette espérance, du désir.
Ce discours n’était pas très professionnel et certainement pas conventionnel. Était-ce du lard ou du cochon ? Approfondissons encore un peu la question se dit-il.
« Si vous me faites la chose et pour le dire franchement si vous me sucer avec une telle efficacité que je sois excessivement satisfait pour vous qu’elle serait la récompense ? »
« Ma récompense sera très grande quand, comme je l’espère, nous arriverons à communier dans la plénitude de votre jouissance. Votre bonheur sera pour moi un acte d’amour partagé. »
Là il n’était pas question d’Euros. Mais alors qu’est-ce que c’est ? Du mysticisme, de la philosophie ou du délire psychologique ? Non. Finalement il pensait « nous sommes plutôt en plein délire psychédélique ».
Sur le coup il ne s’était pas rendu compte mais depuis quelques minutes il avait une belle et réelle érection. Étais-ce sa voix, ses yeux ou ses propos qui lui faisaient cet effet ? Un peu de tout probablement. C’était extraordinaire ! Il bandait.
« Si j’accepte, où et quand me proposez-vous de me sucer ? »
En fait c’était déjà une acceptation de sa part. Elle ne se trompa pas sur sa réponse ni sur son érection qui était bien visible sous son short de cycliste.
« Je vous remercie pour votre réponse et même si j’étais déjà convaincue de votre acceptation sachez qu’elle me comble de bonheur. »
« Je vous propose de nous déplacer. A quelques mètres il y a un autre banc qui est un peu caché car il est entouré d’arbustes ce qui nous assurera une certaine intimité. »
Cela sentait un peu la préméditation mais il fit comme si de rien n’était.
Elle senti son interrogation et lui dit :
« Ce n’est pas prémédité de ma part mais je connais bien ce banc et je m’y installe souvent le soir justement pour sa tranquillité. »
Il se leva, prit son vélo et son sac à dos et il la suivit sur quelques mètres jusqu’au fameux banc. Effectivement celui-ci était complètement entouré d’arbustes ce qui le rendait invisible depuis la promenade du quai. Après avoir mis la béquille de son vélo il s’assit sur le banc à coté d’elle. Elle prit sa main et lui dit
« Sachez que ce jour est très important pour moi et je suis sure qu’il en sera de même pour vous »
« Maintenant levez-vous et si vous le permettez je vais faire glisser votre short. On appelle ça un cycliste je crois. »
Avant cela elle avait pris dans son sac à main ce qui était un mouchoir en dentelles qu’elle déplia pour l’étendre sur le banc pour qu’il puisse s’assoir dessus.
Toujours avec douceur mais sans aucune hésitation elle fit glisser son cycliste vers ses genoux. A un moment son sexe en érection empêcha le short de glisser mais toujours avec douceur elle le dégagea du vêtement et il se redressa aussitôt. Elle le regardait avec une certaine fascination. Ses yeux brillaient plus que jamais. Était-ce des larmes ? Elle semblait très émue et Gérard ressentait un peu la même émotion. Elle saisit son arbre de vie délicatement avec ses deux mains. Ses mains étaient douces et chaudes et elles lui donnaient l’impression d’être chargées d’électricité statique. Il ressentait comme des petits picotements tout le long de sa verge. Elles montaient et descendaient lentement, compressaient et détendaient la pression de ses doigts, soupesaient et serraient légèrement ses testicules. On aurait dit un aveugle qui essayait de vous reconnaître en vous caressant le visage de ses mains. Il ne distinguait presque plus les traits de son visage qui était penché vers l’objet de son désir. Mais Il voyait bien qu’elle était subjuguée par ce bout d’homme. La douceur, la dureté et la flexibilité de cet instrument du plaisir l’impressionnaient et l’attiraient inexorablement. Elle le fit assoir sur le mouchoir de dentelles où il essaya d’avoir la position la plus allongée possible pour bien dégager son bas ventre où se dressait bien droit l’objet tant convoité. Elle se pencha alors sur lui et dans un même mouvement elle rabattit la masse de ses cheveux sur le devant en dégageant son cou gracile. Ce faisant ses cheveux étaient comme un parasol qui cachait et protégeait la scène où, sinon le crime, la cérémonie allait avoir lieu.
Maintenant il pouvait fermer les yeux et transporter toute son existence sur le bout de son sexe qui, apparemment, semblait vivre une vie totalement autonome. La douceur restait le maître mot.
Cela commença par une succession de baisers tantôt léger comme une plume et tantôt plus appuyé. Toute la surface de son sexe fut embrassée plusieurs fois du gland, qu’elle avait bien dégagé, aux testicules. Il ressentait la chaleur et la caresse de ses lèvres avec une surprenante intensité. Mais un autre acteur plus entreprenant entra en jeu. Sa langue caressait, léchait, s’enroulait autour du gland. Elle montait, descendait, allait explorer ses testicules qui en redemandaient. C’était comme un numéro de main à main entre deux gymnastes. Son gland était mieux sucé qu’une glace dans son cornet. C’était d’un effet incroyable. Tout d’un coup il était aspiré et il se sentait tomber tout entier dans un trou sans fond où les parois se resserraient chaque fois qu’il voulait remonter. Impossible de s’échapper tellement l’aspiration était forte. Mais peut-être que c’était un four car une chaleur irradiait tout son sexe et au-delà tout son corps. Cela pouvait éclater à tout instant, mais il voulait que cela dure, dure, très longtemps, …. Le plus longtemps possible. Pour ce faire il devait, sinon maîtriser, enrayer cette machine infernale. Gérard se mit à penser à des choses les plus désagréables possible comme le paiement des impôts, la réparation de sa voiture, le chien du voisin, … etc. Mais dès qu’il avait retrouvé un peu la maîtrise de lui-même il s’empressait d’y retourner. Au sens propre comme au sens figuré. Il ne contrôlait absolument pas cette machine infernale qui avait pris possession de son corps et qui agissait en dehors de sa propre volonté mais qui lui donnait tant de souffrance et de plaisir.
Il n’avait aucune vision sur ce qui se passait sous cette masse de cheveux qui recouvrait tout son bas ventre. Il n’osait pas les empoigner pour relever et voir le visage de la dame. Au contraire, il écartait les bras et empoignait le banc de ses mains pour mieux s’accrocher et résister à cette excessive douleur de plaisir. Avait-il peur de tomber ? Pouvait-il se noyer ?
Il s’aperçut alors qu’il était trop tard. Il avait déjà sombré corps et biens. Elle avait pris possession de cette partie de lui-même qui flottait à la dérive et à laquelle toutes les autres parties de son être s’accrochaient farouchement pour continuer à vivre. Sa maîtrise étaient totale. Elle rythmait sa respiration, accélérait ou ralentissait les palpitations de son sexe et de son cœur. Non il n’était pas encore noyé. Elle maintenait sa tête hors de l’eau alors que là-bas, plus bas, le feu d’artifice devenait de plus en plus lumineux. En véritable maître de la pyrotechnie qu’elle avait allumée elle savait jouer de tous ses instruments : bouche, lèvres, gorge, dents, joues, yeux, nez, mains, paumes, doigts, ongles et des dizaines d’autres encore.
Plusieurs fois, pour calmer l’excessive douleur de la jouissance il avait espéré l’orgasme final. Impossible. Elle avait pris le contrôle du paroxysme de sa jouissance. D’une simple pression de ses doigts expérimentés elle retardait à chaque fois le bouquet final.
Son cœur allait-il résister ? Alors qu’il avait accepté de mourir pour arrêter cette excitation insupportable tout se mit en route en même temps. Elle décalotta mon gland en faisant coulissé son prépuce. Sa bouche vint coiffer son gland et sa langue le caresser. Une de ses mains vint prendre ses testicules et les faisait rouler dans sa paume comme des dés qu’elle s’apprêterait à lancer tandis que son autre main masturbait son membre et le serrait de bas en haut pour accélérer la monté du sperme que l’orgasme tant attendu allait expulser. Oui le bouquet final arriva enfin et transforma toute cette excitante souffrance en une explosion de plaisir. Son bas ventre commença une série de soubresauts qui accompagnait l’éjaculation. Sa bouche, chaude et accueillante, qui épousait toujours étroitement son gland aspirait goulument son sperme enfin libéré. Et cet intense plaisir qui avait atteint le paroxysme décru petit à petit au fur et à mesure de ses éjaculations. Son plaisir voulait quitter son corps, il s’enfuyait par le bout de son membre vers la bouche accueillante.
Tous ses sens aspiraient au repos. La main experte qui emprisonnait toujours son sexe le masturbait doucement et sa bouche continuait à aspirer son sperme qu’il éjaculait par petites secousses comme des petites perles de plaisir.
Les sens apaisés il se laissait aller à somnoler dans une douce torpeur. Elle avait gardé dans sa bouche son sexe devenu flasque. Reposé et bien lové dans la chaude cavité buccale son membre et sa langue commencèrent alors un petit jeu de touche-touche bien agréable. Gérard planait dans un nirvana de douceur. Elle s’était mise à genoux devant lui entre ses cuisses écartées. Tout doucement une de ses mains s’était glisser sous son périnée qui était en suspension en dehors du banc et un de ses doigts commençait à caresser son anus. Et voilà que son anus répondait en se projetant vers ce doigt coquin. Très lentement, toujours avec douceur le doigt s’insinuait dans l’anus qui l’accueillit avec avidité. Son autre main se mit à compresser fortement la base de son sexe et son périnée comme si elle voulait l’arracher de son corps pour l’emporter avec elle. Soudain un miracle. Son sexe se dressa à nouveau raide, comme une épée, prêt à un nouveau combat.
Son doigt continuait à s’insinuer et à titiller l’intérieur de son anus. De son autre main elle empoignait son membre toujours raide et sa bouche en avait repris la possession. Tandis que ses lèvres appuyaient fortement sur le bout de son prépuce de son autre main elle empoigna son vit en le tenant bien droit. Il avait alors la sensation que son sexe s’était mis à gonfler et qu’il devenait de plus en plus gros dans sa main enveloppante. Elle soufflait très fort dans le conduit de son sexe comme dans l’embout d’une trompette. La sensation était extraordinaire. C’était une toute nouvelle jouissance en continu sans le paroxysme de la douleur qui annonce l’orgasme et l’éjaculation. Un orgasme continu qui flottait sur les vagues d’un océan. En haut de la vague, en bas de la vague, en haut de la vague, c’était une jouissance rythmée. Elle jouait avec son sexe comme un instrument de musique et sa jouissance prenait la forme d’une mélodie. Non ce n’était pas un champ de bataille, elle l’avait transporté à l’opéra où elle lui jouait une merveilleuse symphonie de sensations et de plaisirs. Cela sembla durer une éternité. Il flottait sur cet océan …….. Mais le chef d’orchestre restait le maître du concert. Son doigt accéléra son va et vient dans son anus tout en pinçant son périnée. Elle souffla très fort dans son sexe tout en le comprimant fortement de sa main. Son membre, qui sur la puissance et la précision du souffle se gonflait comme un ballon au-delà de ce qu’il n’aurait jamais cru possible, ne demandait qu’à éclater. Il ne pouvait qu’éclater. Il éclata ! Gérard ressentait un orgasme long et sans à coup avec l’éjaculation d’un jet continu de sperme au fond de la bouche de la maîtresse de cérémonie. Mon sexe avait disparu complètement dans sa bouche et le prépuce appuyait sur le fond de sa gorge pour essayer d’aller plus profond encore. Cela durait, durait, durait comme une éternité. Une sensation différente et étrange comme si son corps se vidait en éjectant par son sexe une substance qui l’encombrait. Un soulagement, un vrai soulagement. Ses lèvres se refermèrent fortement autour de la base de son membre. Elle reculait tout doucement sa tête vers l’arrière pour extraire très lentement la folle épée et ses lèvres appuyant toujours autour du manche. Gérard était essoré. Il était vidé. Il avait été sucé par cette étrange et merveilleuse femme.
Avec sa langue elle fit une dernière toilette de ce petit bout d’homme qui n’aspirait qu’au repos. Il baignait dans une douce et parfaite béatitude. Avait-il été visité par un ange ? Par Dieu lui-même peut-être ? Il le pensait en peu bien qu’il soit un incroyant convaincu.
Alors que le bas de son corps était encore suspendu en dehors du banc elle remonta sans difficulté son caleçon et remballa proprement son outil et ses accessoires.
Il se forçait à ouvrir les yeux pour sortir de son trip et revenir dans la vie réelle. Elle était assise bien droite à côté de lui. Elle le regardait droit dans les yeux. Ses yeux toujours bleus n’avaient plus cet éclat pétillant qu’il avait vu au début de cette magnifique cérémonie. Ils étaient un peu plus sombres, comme apaisés. Il ressentait dans ce regard une grande indulgence. Un peu comme une mère vis-à-vis de son enfant chéri.
« Ai-je répondu à vos souhaits ? Ai-je été à la hauteur de vos espérances ? Vos sentiments sont-ils meilleurs maintenant ? »
Il voulait lui dire que c’avait été un moment merveilleux. Une relation extraordinaire qui tenait du divin. Une expérience ….
Sa langue était comme collée à son palais. Mais, avant qu’il puisse formuler sa réponse dans laquelle il voulait mettre une note de gratitude, elle avait refermé son sac à main et s’éloignait déjà de lui sans aucun autre mot. Toujours incapable de parler il la voyait marcher vers le soleil couchant d’une démarche si légère quelle semblait se déplacer en glissant au-dessus du sol. Ses cheveux blonds descendaient sur ses épaules comme un voile qui aurait recouvert sa tête. Les derniers rayons du soleil couchant se reflétaient dans sa chevelure ce qui donnait l’impression qu’elle avait comme un nimbe de lumière qui flottait au-dessus de cette magnifique silhouette.
Tout d’un coup Il se rendis compte de son départ. Il n’avait pas pu exprimer son ressenti, ni sa reconnaissance. Il ne savait absolument rien d’elle. Quel était son nom, son prénom, où habitait-elle, comment la joindre, si … que …… ?
Il se releva précipitamment pour la rejoindre. Mais déjà elle avait quitté le quai et avait disparu dans une ruelle du vieux village qui montait sur la colline qui surplombait le fleuve.
A quoi bon se disait-il. Si elle avait voulu lui donner son nom elle l’aurait fait certainement. Non, il pensa qu’elle voulait, comme c’est souvent le cas chez les occasionnelles, conserver son anonymat. Car elle devait être, sinon une professionnelle, une experte et une très expérimentée ‘’pipeuse’’ pour avoir déployé toute cette science sur le sexe masculin et ses zones érogènes.
C’est alors qu’il vit le mouchoir blanc sur lequel il s’était assis et qu’elle avait oublié sur le banc. Il le prit pour le plier. Il était en lin et une fine dentelle en faisait le contour. Dans un angle il y avait un motif qui était brodé et qu’il essaya de déchiffrer. Cela ressemblait aux lettres H et G entrelacées ou plutôt emmêlées dans un motif qui ressemblait au mot ‘’de’’. Comme ‘’H de G’’ pensait-il. Voilà une information intéressante s’il voulait la retrouver. Il conservera ce mouchoir en souvenir de ce moment magique.
Gérard se réajusta et se baissa pour prendre son sac à dos. C’est alors qu’il vit coincé entre les lattes de bois du banc un bout de papier blanc. Il ressortit de la fente le papier qui se révéla être une carte de visite. Sur celle-ci étaient indiqués : un nom : ‘’Honorine de Graville’’ juste en dessous ce qui devait être l’activité professionnelle : ‘’Psychothérapie & Prévoyance’’ et enfin une adresse : ‘’8, place de l’Église 78700 CONFLANS.
| Honorine de Graville Psychothérapie & Prévoyance 8, place de l’Église 78700 Conflans |
Il n’y avait aucun numéro de téléphone, ni d’adresse e-mail. Cette carte de visite appartenait-elle à son étrange inconnue ? Il pouvait le penser car le H de Honorine et le G de Graville semblaient correspondre au motif HG brodé sur le mouchoir oublié. Mouchoir qu’elle avait bien sortie de son sac à main et qui devait donc incontestablement lui appartenir. Cette carte de visite avait dû sortir du sac par inadvertance en même temps que le mouchoir.
Ou alors ces pièces ont-elles été volontairement oubliées ?
Il resta un long moment dubitatif. Il avait tout d’un coup l’impression, sinon la conviction, que rien n’était dû au hasard et à l’improvisation. Était-il l’objet d’une machiavélique machination ? Avait-il rêvé ? Non, Non. Si c’était le cas, il ne ressentirait pas encore dans son sexe la brulure de ce moment onirique.
Était-il prisonnier d’un destin déjà écrit quelque part ? Aujourd’hui avait-il perdu sa liberté et son libre arbitre ? Tout dans cette journée semblait prédéterminer : Le temps était orageux et il ne devait pas sortir. Il se met à faire beau et il sort à vélo. Au retour il passe par Conflans où il va s’arrêter pour se reposer un peu. Et ce banc qui était vide quand il est arrivé, il l’attendait et donc il s’était assis.
Et elle alors ? Le temps était orageux elle ne devait pas sortir. Le soleil se met à briller et elle sort se promener le long de la Seine. Et sur le quai il y a ce banc où il était assis seul. Elle vient le rejoindre. Etait-ce si extraordinaire ?
Elle habite Conflans et viens se promener régulièrement sur ce quai a-t-elle dit.
Lui-même passe souvent par Conflans et quand il veut se reposer il s’assoit volontiers sur ces bancs le long de la Seine.
Fatalement ils devaient se rencontrer un jour ou l’autre. Mathématiquement cette probabilité de rencontre existe. Oui, mais alors comment expliquer ce qui va se passer ensuite. Ce fabuleux acte sexuel. Dès les premières secondes suivant la rencontre tout semble s’être enchaîné inexorablement pour aboutir à cet extraordinaire rituel érotique. Avait-il eu le choix ? N’était-il pas ……. Il décida d’arrêter de se torturer les méninges et de rentrer à la maison. Pour le journal de vingt heures c’était foutu et il aura tout le temps de repenser à tout ça après une bonne douche et en buvant un petit Porto blanc allongé sur le canapé.
Il referma son sac à dos, mis son casque et enfourcha son vélo. Il partit sur les quais longeant la Seine pour rejoindre le chemin habituel pour retourner chez lui. Une demi-heure plus tard il arriva à sa maison. Le trajet lui avait paru plus long que d’habitude. Il avait les jambes en coton et il se sentais comme vidé de son énergie. C’est vrai que cette …. femme – il ne savait plus comment la qualifier – lui avait merveilleusement et sacrément pompé plusieurs minutes de sa vie.
Et de fait il était sur les genoux. Après avoir rangé son vélo au garage il est monté directement à l’étage vers la salle de bains attenante à sa chambre. Il se déshabilla aussitôt et mit tous ses vêtements dans la corbeille de linge sale. Alors qu’il avait retiré son caleçon il s’aperçu que tout le devant de celui-ci était complètement mouillé. Imprégné mais avec quoi ? De l’urine ? Non c’était du sperme ! Plein de sperme. Apparemment une quantité considérable de son foutre. Bon sang ! Que lui était-il arrivé ? Avait-il continué à éjaculer tout en pédalant ? Sans rien remarquer et sans rien ressentir ? Impossible ! « Nom de Dieu cette putain de femme m’a jeté un sort et elle m’a peut-être refilé une MST expresse ! ». Une certaine inquiétude commençait à lui tarauder l’esprit. Il se précipita sous la douche. Il ouvrit en grand le mitigeur et il faillit s’ébouillanter. Après avoir réglé la température Il est resté un long moment sous le jet d’eau chaude. Il s’est lavé une première fois, usant beaucoup de gel douche. Il se frotta longuement en insistant très longtemps et particulièrement sur son sexe, ses testicules, son entre-jambes, son anus et ses fesses. Ensuite après s’être rincé il s’est lavé une deuxième fois avec la même ardeur en utilisant cette fois le shampoing. Il s’est ensuite rincé très longuement une fois à l’eau chaude et une fois à l’eau froide. Le choc thermique le revigora et lui redonna de l’optimisme. Après s’être essuyé et séché il alla observer le champ de bataille. « Bon Dieu pourquoi n’avais-je pas utilisé un préservatif » se dit-il. Il prit son membre dans une main et ses testicules dans l’autre. Il étudia très attentivement ses outils sous toutes les coutures à la recherche de la moindre griffure, morsure et autre signe anormal. Rien pas la moindre trace. Il décalotta alors son prépuce en pensant y trouver des traces de son forfait. Rien de rien. Pas un seul point anormal. Il luisait tout rouge bien exposé au bout de son sexe. Ses outils étaient aussi neufs qu’à sa naissance en plus gros évidemment. Et ça semblait même bien fonctionner car, dans sa main, son membre s’était remis à bander. Il se masturba tout doucement et son vit devenait de plus en plus dur. Il accéléra sa masturbation en pensant à la scène au bord du fleuve. Très vite il arriva à la jouissance et il éjacula un bon jet de sperme. Il avait ressenti un bref et intense plaisir mais surtout un grand soulagement. Ouf tout semblait fonctionner à la perfection ! Il a fait alors une dernière inspection : le haut de ses cuisses et, avec un miroir à main, de son entre-jambe, de son anus et de ses fesses. Rien. Absolument rien. Le terrain était totalement vierge et aucune trace de la bataille. Il a ressenti alors un grand soulagement et son inquiétude s’est évanouie. Une grande espérance l’habitait maintenant. Allongé sur son canapé, un verre de Porto blanc, bien mérité, à la main il repensait à cette fin d’après-midi. Son esprit restait intrigué par cette extraordinaire aventure. Qui était cette étrange et belle femme ? Étrange bien sur mais aussi belle car il le ressentait ainsi. Pourrait-il la revoir un jour ? Son nom était-il Honorine de Graville ?
Gérard alla chercher son sac à dos pour prendre la carte de visite qu’il avait trouvée sur le banc. Il ne la retrouva pas. Il refouilla son sac de fond en comble, ouvrit toutes les poches sans trouver cette foutu carte de visite. Il est allé voir dans la corbeille de linge sale, il l’a vidée totalement et vérifié chaque vêtement. Rien ! Il se souvenait bien avoir plié le mouchoir de dentelle mis la carte dedans et fourrer le tout dans son sac. Même ce mouchoir avait disparu. Il est allé au garage voir autour de son vélo et il a refait le chemin jusqu’à la douche en inspectant le sol. Rien de rien ! Où étaient-ils passés cette ‘’putain’’ de carte et ce mouchoir ? Il n’avait pas rêvé. Il se rappelait très bien ce qui était écrit dessus : Honorine de Graville, psychothérapeute et voyante. Non plus exactement : Honorine de Graville psychothérapie et prévoyance 8, place de l’Église Conflans.
Gérard était contrarié. Il décida que dès le lendemain il irait faire un tour à cette adresse et on verra bien de quoi il retourne. Sur ce il alla se coucher sans manger. La douche, sa petite séance de masturbation et son Porto blanc, sans parler de l’émotion de cette journée l’avaient amené dans une sorte d’état second. Il se glissa entre les draps frais et une douce torpeur commença à l’envahir. Extinction des lumières.
Le matin à son réveil la première chose qui lui est venu à l’esprit était l’image de la femme penchée sur lui. Il se mit aussitôt à bander dur. Non ne perdons pas de temps. Il se rappela la visite qu’il avait l’intention de faire au 8, place de l’Église.
Bien qu’il eût hâte de percer ce mystère, il se força à respecter son rituel matinal, sans impatience aucune : petit déjeuner avec des œufs à la coque, du pain toasté et son lait Ricoré préféré. Ensuite il allait faire son ‘’pot pot’’ en prenant le temps de lire les brèves ‘’minimares’’ du Canard Enchainé. Enfin après une bonne douche Gérard se sentait d’attaque pour une journée qui devrait répondre à toutes ses interrogations. En vérité, il se rendit compte que, inconsciemment peut-être, il avait accéléré toutes les étapes car il brulait de rejoindre Conflans et de retourner sur les lieux de cette extraordinaire aventure.
Le GPS l’avait emmené directement à la place de l’Église. La place était interdite aux voitures. Il a dû aller garer sa voiture un peu plus loin sur le parking du musée de la Batelerie. En revenant vers la place il admira l’ensemble du décor. Cette partie de Conflans, probablement la plus ancienne, était construite sur le haut de la falaise qui longeait et dominait la Seine d’une quarantaine de mètres environ. Sur la partie la plus haute on avait édifié l’église de Saint Maclou. En bas des marches s’étalait la fameuse place qui était entourée sur trois cotés par des bâtiments d’habitation ainsi que par l’église. Le quatrième coté ouvrait directement sur la falaise. De là on pouvait admirer la Seine sur plusieurs kilomètres jusqu’à la confluence avec l’Oise. La ville de Conflans doit justement son nom à la rencontre de ces deux grands fleuves. Gérard a démarré sa recherche par les maisons en face de l’église. Sur l’entrée du bâtiment le plus proche de la falaise était indiqué le numéro 1. Ça allait être assez rapide car la place, somme toute, était assez petite. En fait non car il y avait plusieurs numéros en bis et même en ter et le numéro 8 était le dernier bâtiment juste à côté de l’église. La maison du 8, mitoyenne de l’église, était même reliée à celle-ci par une sorte de galerie. Sur le portail d’entrée Il n’y avait aucune indication et aucun nom de personne ou d’une profession quelconque. Seule une plaque, sur le côté droit de la galerie, sur laquelle était écrit ‘’Entrée du presbytère’’ avec une flèche indiquant la direction de la maison. Elle était reliée à l’église Saint Maclou et faisait probablement partie de ce presbytère. Manifestement elle n’avait jamais abrité une activité commerciale ou médicale. Peut-être s’était-il trompé de numéro ? Il décida d’étendre sa recherche en refaisant le tour de tous les numéros de la place en cherchant sur les boites aux lettres et les plaques professionnelles à l’entrée des immeubles le nom d’Honorine de Graville ou celui d’une profession médicale. Une heure plus tard, après avoir méticuleusement et exhaustivement vérifié toutes les boites de la place, il dût se rendre à l’évidence, sa recherche était un échec.
Dépité il retourna à sa voiture avec l’intention de rentrer chez lui. En fait, bien qu’il ne voulût pas l’admette sur le coup, il ressentait une profonde frustration. Comme le manque de sa dose pour un drogué. Ce sentiment était totalement nouveau pour lui. En fait il se sentait déçu et une colère grondait au fond de lui. Pourquoi ? Contre qui tourner cette colère ? Contre lui-même assurément. En réfléchissant il se dit « j’ai certainement raté quelque chose. Il me faut recommencer mes recherches mais depuis le début cette fois ». Il descendit de la colline et alla garer sa voiture sur le quai. « Commençons par le banc » se dit-il. Il marcha le long du quai, et inspectant rapidement tous les bancs. Ensuite il se dirigea sans hésiter vers celui qui était légèrement en avant avec des buissons tout autour ce qui faisaient comme un écrin de protection et d’intimité. Aucun doute, c’est bien là, sur ce banc, que la cérémonie avait eu lieu. C’est bien là qu’il avait offert son corps en sacrifice. A ce moment là il croyait qu’il n’avait rien à perdre et au contraire tout à gagner. Et c’était vrai, il avait gagné un moment de jouissance extrême, dans un inimaginable mélange de douleur et de plaisir. Surtout il avait eu cette étonnante érection. Très longue, très dure et même quelquefois douloureuse tellement c’était bon. Ça ne lui était jamais arrivé auparavant. Jamais de toute sa vie. Et il voulait que ça recommence. Il ausculta le banc avec une extrême attention. Regarda entre les interstices des lattes de l’assise, là où il avait extrait la carte de visite. Rien. Sous le banc, à part quelques emballages de bonbons, rien. Il inspecta les buissons qui entouraient le banc. Il trouva un préservatif.
A nouveau dépité il décida de reprendre sa voiture et de rentrer chez lui. Sur la route il senti comme un désespoir l’envahir. Il ressentait une frustration comme lors d’un rendez-vous manqué. Que se passait-il ? Il ne se droguait pas et pourtant il lui semblait être en manque. Mais en manque de quoi Bon Dieu ! Rentré chez lui il se servi un grand verre de Porto bien tassé et s’allongea sur le canapé. Il espérait que sa boisson préférée lui résoudrait son mal-être. Il se remit en mémoire toute la scène qu’il avait vécue la veille en revisitant point par point cette extraordinaire rencontre. Il s’aperçu que son sexe s’était mis à bander et qu’il était aussi dur qu’un manche de pioche. Il ferma les yeux et il se masturba doucement à travers son pantalon. En repensant au moment où la bouche de la dame s’était emparée de son sexe et où son doigt s’était introduit dans son anus avide, il éjacula longuement et en plusieurs fois. Son caleçon sera bien rempli par son sperme mais ce n’est pas grave. Apaisé et soulagé de son mal-être, il se laissa aller. Il garda sa main sur son sexe qui restait encore étonnamment dur et tout doucement il s’assoupit.
Quand Gérard se réveilla il faisait nuit. Il avait dormi plus longtemps que prévu. Un sommeil paisible, sans rêve ni cauchemar semble-t-il. Un vrai sommeil de bébé et il se sentait totalement reposé.
Demain il devra passer à son administration des impôts pour remettre les conclusions du contrôle fiscal qu’il était en train d’effectué chez une petite entreprise de menuiserie.
Son métier de contrôleur fiscal spécialisé dans les entreprises lui donnait une grande liberté. La plupart du temps il travaillait dans l’entreprise qu’il contrôlait et/ou de chez lui. Il allait à son administration que pour remettre les résultats de ses contrôles et récupérer les nouveaux dossiers qu’on lui confiait. C’était cette grande liberté d’organiser ses horaires de travail qui lui permettait de dégager, dans la journée, du temps libre pour lui-même. Un temps libre qui lui permettait de se consacrer à ses activités sportives et culturelles. Il était bien noté par son administration qui le considérait comme un contrôleur sûr et efficace ayant une très correcte productivité. Depuis longtemps Il aurait pu prétendre à un poste plus élevé dans la hiérarchie de son service mais cela aurait automatiquement entrainé la perte de cette liberté d’organisation. Chaque fois qu’une occasion de promotion se présentait il s’esquivait pour ne pas être sollicité par ses supérieurs. Au début sa direction avait trouvé cette attitude de ‘’non-ambition’’ un peu étrange sinon suspecte mais, comme souvent, quand un élément de l’organisation était bien à sa place et faisait un bon travail on ne changeait rien. On laissait courir. Et c’est ainsi que Gérard était probablement le fonctionnaire le plus libre et le plus heureux de toute la fonction publique. Cela rejaillissait sur la qualité de son travail et aussi sur la relation qu’il établissait avec les personnes responsables dans les entreprises qu’il contrôlait. Très vite on découvrait un homme honnête qui appliquait les règles fiscales avec rigueur mais sans aucune acrimonie. Sa méthode et ses manières faisait que même les personnes contrôlées étaient satisfaites de son travail que le redressement fiscal soit faible ou élevé.
Gérard était un bon mec réglo et si ça ne se voyait pas au premier abord très vite, si on le fréquentait un peu, ça se sentait.
Bien. Il fallait réfléchir. Il devra organiser sa recherche avec méthode et rationalité.
On allait voir si toutes ses passionnantes lectures sur Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle, du commissaire Jules Maigret de Georges Simenon et même d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, servirait d’expérience à Gérard pour organiser sa recherche et résoudre l’énigme.
Il fallait d’abord réunir toutes les informations en sa possession et ensuite établir un plan d’action. Il essaya de se remémoriser la scène et les paroles échangées.
Elle avait dit qu’elle venait souvent se promener sur ce quai le long de la Seine notamment en fin de journée. Cela induisait qu’il était possible qu’elle habitât ce quartier de Conflans. Maintenant, elle aurait pu venir en voiture et habiter bien plus loin. Mais c’était peu probable vu comment elle avait disparu rapidement dans les ruelles de la vieille ville.
Elle avait dit qu’elle venait souvent se promener le soir et s’assoir sur ce banc, autel de cet inoubliable offrande. Ce qui supposait qu’elle avait, probablement une occupation dans la journée. Peut-être un travail de psychothérapeute comme indiqué sur la carte ?
L’étrange carte de visite, qu’il avait trouvée et perdu, mais que Gérard se souvenait très bien de la disposition :
| Honorine de Graville Psychothérapie & Prévoyance 8, place de l’Église 78700 Conflans |
Tout semblait vrai à l’exception du mot ‘’Prévoyance’’ qui résonnait comme une pratique ésotérique. En revanche le mot ‘’Psychothérapie’’ supposait une activité dans le domaine de la santé. C’était peut-être une ancienne carte de visite avec une ancienne adresse.
Il y avait aussi ce mouchoir de dentelle brodé qu’elle avait posé sur le banc pour qu’il puisse poser ses fesses nues. Délicate attention à son égard pour protéger son postérieur de la rugosité du banc. Même si ce mouchoir avait aussi disparu Gérard se souvenait bien des lettres H et G entrelacées brodées sur un coin du mouchoir ce qui confirmerait bien le nom de Honorine Graville ou de Graville.
Il y avait maintenant ce visage, entouré par les cheveux blonds, ses yeux imprégnés de douceur et qui dégageaient une profonde sérénité. Dans son souvenir il la voyait plus jeune que lorsqu’il la vit pour la première fois sur le quai. Quel âge pouvait-elle avoir ? Maintenant il n’était plus sûr de rien. Cependant son image était bien ancrée dans son esprit. Gérard était convaincu que s’il la rencontrait de nouveau, même de loin, il la reconnaitrait sans hésitation. Cette femme l’avait ‘’marqué’’.
Bon, maintenant voyons le plan d’action.
Si l’adresse du 8, place de l’Église à Conflans existait bien, cette maison, à coté de l’église Saint Maclou, ne comportait aucune plaque et il lui avait bien semblé qu’il n’y avait pas la moindre activité disons professionnelle. Si Honorine exerçait toujours – naturellement Gérard en était venu à l’appeler par son prénom, ce qui confirmait et renforçait automatiquement la réalité de son existence – donc si Honorine exerçait toujours il se dit qu’elle avait plusieurs possibilités :
– elle pouvait exercer en libérale et avoir son propre cabinet,
– avoir son cabinet dans un centre médical partagé, ce qui était le plus fréquent,
– exercer dans une clinique, un hôpital, des centres de rééducation, des écoles, ….
Honorine pouvait exercer à Conflans ou ailleurs dans une autre localité proche. Si on limitait la zone de recherche dans un rayon de seulement vingt kilomètres autour de Conflans cela allait, par exemple, de Saint Germain en Laye à Pontoise, d’Enghien à Les Mureaux, d’Auvers sur Oise à Argenteuil. La zone était immense. Gérard se rendit compte que retrouver Honorine, la psychothérapeute, ne sera pas une mince affaire, ni aussi facile qu’il l’avait cru de prime abord.
Il commencerait par visiter les centres médicaux, les cliniques et les hôpitaux. En interrogeant les personnes c’est bien le diable s’il ne trouvait pas au moins une piste. Quelqu’un devrait bien connaître cette psy prénommée Honorine. Ce prénom n’était pas banal.
En utilisant pratiquement tout ses temps libres, au bout de deux mois Gérard avait visité tous les centres médicaux, hôpitaux et cliniques de Conflans et des villes périphériques les plus proches. Aucun résultat, pas la moindre piste. Il dut admettre son échec. Retrouver Honorine était devenu son obsession et en même temps son angoisse. Il en perdait le sommeil. Gérard était un célibataire endurci, comme on dit dans la société. Il y avait eu très peu de femmes dans sa vie pour ne pas dire très rarement. Aussi il lui arrivait régulièrement de se caresser le sexe quand il était au lit en train de lire ou de regarder la télévision. Mais ce qui était sûr depuis cette fabuleuse rencontre c’est que si Gérard se mettait à penser à cette femme Honorine, à fermer les yeux pour mieux se remémorer la scène érotique qu’il avait vécu sur le banc, il se mettait aussitôt à bander, son sexe devenait dur comme s’il était fait de bois. Il pouvait alors se masturber avec entrain et délice. Une explosion de plaisir dans son sexe et son bas ventre accompagné des soubresauts d’une longue éjaculation. Après il pouvait s’endormir comme un bébé.
Trois mois s’étaient écoulés et il n’avait toujours rien trouvé. Sa recherche était une succession d’échecs. L’enthousiasme du début laissa petit à petit la place à une sorte d’amertume. Ce n’était pas encore le désespoir mais une lassitude s’était installée dans son esprit. L’espoir de rencontrer à nouveau Honorine s’estompait. Sans le vouloir vraiment il ralentit sa recherche et il finit par la mettre en stand-by.
Les mois passèrent. Sa vie avait retrouvé son train-train habituel : travail, vélo, lecture, cinéma, shopping, … Quand le besoin se faisait sentir, il lui suffisait de repenser à Honorine et son sexe durcissait très rapidement pour une plaisante masturbation.
Quelques mois plus tard son administration lui avait confié le contrôle fiscal d’une clinique médicale à Saint-Germain-en-Laye. Cela faisait une bonne semaine qu’il intervenait dans la clinique et Gérard pensait qu’il y avait une bonne opportunité de reprendre sa recherche sur la psychothérapeute Honorine de Graville. Après renseignement, Il y avait bien une psycho dans la clinique qui s’appelait Madeleine Marchand-Mallet et qui intervenait, sur rendez-vous, deux après-midis par semaine, le mardi et le jeudi. Il prit un rendez-vous pour le mardi de la semaine suivante.
« Madame Marchand-Mallet, bonjour.
Je m’appelle Gérard …. Je ne suis pas ici pour une consultation disons habituelle… Je vais essayer de vous expliquer.
Il y a quelques mois J’ai vécu une expérience qui m’a profondément marqué, et je me demande si, en tant que psychologue, vous pourriez m’aider à éclaircir une question qui me hante.
Il y a quelques mois, donc, j’ai rencontré une femme. Je ne la connaissais pas auparavant, ni son nom, ni son adresse, ni sa profession encore que … . Mais cette rencontre a été… comment dire… unique et extraordinaire. Là où a eu lieu la rencontre j’ai trouvé une carte de visite qui appartenait, peut-être à cette dame, sur laquelle était inscrit un nom : Honorine de Graville, une profession : Psychologie et Prévoyance, et une adresse : 8, place de l’Église Conflans.
Peut-être que cette carte n’appartenait pas à la dame en question, mais c’est la seule information que je possède. Comme vous êtes vous-même psychologue, je me demandais si c’était peut-être vous, ou quelqu’un que vous connaitriez. Je sais que cela peut vous paraître fou, mais je ressens un besoin profond de la retrouver, de comprendre ce qui s’est passé entre nous. Est-ce que cela vous dit quelque chose ? »
La psy avait écouté Gérard attentivement sans l’interrompre. Elle ne l’avait pas quitté des yeux pendant tout son monologue. L’expression de son visage exprimait une certaine empathie qui encourageait à la confidence.
« Monsieur Gérard je commencerais par dire que votre consultation présente un caractère tout à fait habituel.
Ensuite, je vous confirme que je ne suis pas la femme que vous avez rencontrée. Et enfin que je suis bien la personne qui peut, surement, vous aider à éclaircir la question qui vous hante. Maintenant, si vous voulez que je vous aide il faudra m’en dire un peu plus. Sachez que tout ce que vous direz sera strictement confidentiel entre vous et moi. Je suis tenu au secret professionnel.
Madeleine était une femme blonde d’une petite cinquantaine. Elle avait un visage ovale encadré par des cheveux coupés courts à la garçonne qui mettaient bien en valeur son visage aux traits réguliers et ses beaux yeux bleus. Elle n’était pas vraiment belle mais d’aucun qualifiaient Madeleine de solaire. L’ensemble dégageait une empathie qui encourageait à la confidence. La douceur de sa voix résonnait agréablement aux oreilles de ses interlocuteurs. Gérard n’échappera pas à son charme.
« Si je comprends bien il faudra que je vous dise tout sur cette extraordinaire rencontre »
« Vous m’avez bien compris. »
Alors, Gérard se jeta à l’eau, il raconta par le menu l’étrange rencontre et la cérémonie qui suivit.
Au début du récit, le regard de Gérard était tourné vers le visage avenant de Madeleine, puis assez rapidement, au fur et fur mesure qu’il développait son histoire son regard avec quitté le visage de la psy pour aller se perdre dans la clarté de la fenêtre. Gérard était parti en plein ‘’revival’’. Il revivait dans ses moindres détails la fabuleuse rencontre. Non seulement l’image mais les sensations qu’il avait ressenties et les sentiments qui l’avaient traversé. Le plaisir, la douleur et l’amertume se lisaient sur son visage. Madeleine était fascinée par le conteur. Son intuition professionnelle lui disait que ce n’était pas une simple affaire de sexe. Le patient avait été sublimé par cette expérience. C’était comme s’il avait suivi un chemin initiatique qui lui permettait d’accéder à un nouveau monde. Là encore son professionnalisme lui disait qu’il y avait anguille sous roche. Gérard ne disait pas tout. Elle n’eut pas à attendre longtemps. De toute sa vie, Gérard n’avait jamais dévoilé à quiconque le secret qui faisait de lui un être à part. Pourquoi aujourd’hui ? Plusieurs raisons probablement.
La rencontre avec cette étrange et ‘’merveilleuse’’ personne. C’est ainsi qu’il qualifiait maintenant cette énigmatique Honorine. Évidemment, l’étonnante relation sexuelle qui s’ensuivie. Enfin un réel et profond désespoir quand il a fallu admettre, après des mois d’investigations, son impuissance à retrouver Honorine. Comme un homme qui craquait sous la torture ou après une immense fatigue suite un effort démesuré, Gérard dévoila à Madeleine, pour la première fois de sa vie, la particularité physique qui faisait de lui un homme à part. La psy compris aussitôt l’extrême désarroi de cet homme. Un désarroi enfouit au fin fond de lui-même depuis probablement son adolescence. Par sa propre volonté, une certaine pratique et hygiène de vie, il avait plus ou moins réussi sinon à le faire disparaître du moins à l’oublier. Mais voilà la ‘’merveilleuse’’ rencontre avait fait remonter à la surface ce qui avait été jeté au fond de l’étang.
Après ce récit, qui avait duré une bonne demi-heure, Gérard, qui avait revécu tous les instants de la rencontre, semblait totalement essoré.
Madeleine compris qu’elle devait rompre le charme qui s’était installé et ramener le patient à elle. A la réalité du moment.
« Je vais prendre un café, en voulez-vous ? » dit-elle d’un ton affable en se levant pour aller vers la machine à café installée sur le rebord de la fenêtre.
Gérard, qui était sorti de sa torpeur, lui dit qu’il voulait bien prendre un café.
Elle manipulait la machine et s’adressa avec naturel à Gérard sans se retourner :
« Long ou court, sucre ou pas sucre ? »
« Un café long sans sucre m’ira très bien »
Elle ne parla pas pendant le service et seulement installé dans son fauteuil la tasse à la main elle dit :
« Vous voulez peut-être un peu de lait ? J’ai des dosettes quelque part.
« Non merci, c’est très bien comme ça. Je vais attendre un peu, j’aime bien boire mon café un peu tiède. »
Avec cet échange de propos affables autour du café, Madeleine voulait créer un climat de convivialité propice à la détente et à l’échange.
« Je dois dire Gérard, … Puis-je vous appeler Gérard et vous pourrez m’appeler Madeleine, cela facilitera nos échanges ?»
Et sans attendre sa réponse elle reprit :
« Je dois dire Gérard que le récit de cette étrange et merveilleuse rencontre, comme vous l’avez qualifiée, que vous avez revécue devant moi, m’a ému.
« Je sens que cette rencontre a vraiment bouleversé quelque chose en vous. Il semble que cette femme représente bien plus qu’une simple personne que vous cherchez à retrouver. Peut-être qu’elle est, d’une certaine manière, un symbole, un déclencheur de sentiments qui sont profondément enfouis en vous. »
Madeleine marqua une pause pour s’assurer que Gérard suivait. En tant que psychologue, elle a compris très vie que Gérard n’est pas simplement à la recherche d’une femme, mais qu’il vit et exprime un désarroi profond, une quête de sens ou une projection émotionnelle plus complexe probablement lié à son problème physique. Elle ne voulait pas précipiter les choses afin de laisser s’installer ce climat de confiance nécessaire pour permettre au psy d’accompagner le patient vers sinon une guérison dans le sens médical du terme du moins vers une compréhension et une acceptation de son problème. De plus, elle voulait se renseigner auprès de médecins sur les causes éventuelles du problème physique de Gérard.
« Je pense que je pourrais raisonnablement vous aider dans votre quette. Je vous propose un prochain rendez-vous la semaine prochaine pour en parler. Entre temps je vous demande de vous remémorer cette rencontre, cette femme, le lieu où ça s’est passée, peut-être qu’il y a des choses que vous avez oubliez de me dire. »
« De mon côté, j’ai noté quelques points dans votre récit que je voudrais explorer et vérifier. »
Elle fit à nouveau une pause pour laisser à Gérard le temps de comprendre.
Sa visite d’aujourd’hui, qui avait pour but initial de trouver une simple adresse, pourrait prendre une autre tournure.
Voudrait-il continuer vers une possible psychothérapie avec elle ?
Gérard, après un bref instant de réflexion, donna son accord. Ils convinrent d’un rendez-vous pour le jeudi suivant dans la deuxième partie de l’après-midi ce qui leur laisserait plus de temps si cela s’avérait nécessaire.
Gérard quitta la clinique et décida de rentrer chez lui. Il avait besoin de réfléchir à cette proposition de Madeleine totalement différente de la simple recherche de personne qu’il avait suivi jusqu’à maintenant. Il se remémora ses propos. Peut-être avait-elle raison. Peut-être que les choses sont plus complexes que ce qu’il croyait. De prime abord et au feeling il sentait bien Madeleine. Il ressentait son empathie envers lui et sa sincère envie de l’aider dans sa quête. Peut-être que ce rendez-vous d’aujourd’hui se révèlerait être un jour de chance pour lui. lI décida de lui faire confiance. De plus elle était jolie et sympathique.
Madeleine, à peine avait-elle raccompagné son patient vers la sortie de son cabinet qu’elle retourna à son bureau pour voir les notes qu’elle avait prises pendant le ‘’revival’’ de Gérard.
Elle avait noté quelques points qu’elle souhaitait vérifier et éclaircir :
- Elle connaissait bien la place de l’Église à Conflans. Elle voulait vérifier le numéro 8.
- Une femme, qui apparait, disparait et devient introuvable mais qui s’appellerait Honorine de Graville. Elle a peut-être la réponse à cette énigme. Mais si un mystère aura été dévoilé et expliqué un autre mystère bien plus étrange le remplacera.
Elle avait profité du dimanche matin pour assister à la messe de onze heures à l’église Saint-Maclou, place de l’Église à Conflans. La messe terminée elle a pu vérifier ses hypothèses :
- Le numéro 8 correspondait bien à l’adresse de l’église, plus exactement au presbytère relié à l’église
- Dans cette église sont conservé les reliques de la Sainte nommée Honorine.
Honorine était une belle jeune fille qui vivait au IV siècles de notre ère dans le pays de Caux en Normandie.
Elle fut martyrisée par les romains car elle avait refusé de se soumettre au culte de l’Empereur et des dieux romains. Après quelques péripéties de torture son corps fut jeté dans la Seine. Mais des habitants du lieu récupérèrent son cadavre avant qu’il fût emporté vers la mer. On déposa son corps dans une petite chapelle au lieu-dit Graville près de la ville actuelle du Havre. Elle était déjà considérée comme une martyre. Les gens venaient sur sa tombe pour implorer des indulgences. Ce n’est que petit à petit après des années de culte que Honorine fut considérée comme Sainte Honorine.
Par la suite, au neuvième siècle pour échapper aux invasions normandes, son corps fut déplacé jusqu’à la ville de Conflans, près de Paris, où un prieuré fut construit pour accueillir ses reliques. Aujourd’hui, les quelques ossements d’Honorine qui restent, sont conservés dans un reliquaire installé dans une des chapelles de l’église Saint-Maclou au 8 place de l’Église à Conflans.
Si, d’un côté, le mystère d’Honorine de Graville, psychothérapie et Prévoyance, 8 place de l’Église Conflans est éclairci, d’un autre côté une nouvelle énigme bien plus difficile à résoudre apparait. En effet, comment pouvons-nous expliquer raisonnablement qu’une femme morte, il y a mille sept cents ans soit apparue à Gérard aujourd’hui au 21ème siècle.
Comme on dit ‘’le mystère s’épaissit’’. Quoique on pourra en discuter.
Comment, se demandait Madeleine, expliquer à Gérard ses découvertes et surtout la conviction qui s’était installée petit à petit dans son esprit sans heurter sa rationalité.
Elle ne voulait pas passer pour une bigote. Ce qu’elle n’était pas.
« Entrez Gérard, installez-vous. Comment allez-vous depuis notre dernière entrevue ?
« Bien. Je me suis dit que notre rencontre était une bonne chose et que vous allez peut-être pouvoir m’aider dans ma recherche ? »
« Comme je vous l’avais dit je souhaitais vérifier un certain nombre de choses concernant des informations que vous m’aviez données. Je crois que j’ai la réponse à une partie de vos questions. Mais, si ces réponses sont crédibles, alors elles vont vous poser un questionnement encore plus grand. »
« Que voulez-vous dire par là, encore plus grand ? »
« Écoutez. Je ne voudrais pas précipiter les choses et prendre le risque de paraitre, sinon fantaisiste du moins incrédule. »
« Bon, J’ai bien réfléchi et j’ai décidé de vous faire confiance. Où voulez-vous en venir ? »
« Seriez-vous libre ce samedi ou ce dimanche, disons vers onze heures ?
« Comme vous voulez. Soit samedi, soit dimanche. »
« Alors écoutez bien. Prenons rendez-vous ce samedi à onze heures devant l’église Saint-Maclou à Conflans. D’accord ? »
« J’ai bien dit que je vous faisais confiance et que je vous suivrais. Alors d’accord devant l’église demain samedi à onze heures. »
En rentrant chez lui, Gérard était intrigué en pensant à ce que la psy Madeleine Marchand-Malet lui avait dit. Il était convaincu de son sérieux et de sa sincérité. Allait-elle vraiment l’aider à résoudre son problème ? Il était déjà impatient d’être samedi.
Gérard regarda sa montre, onze heures tapantes. Il était en bas des marches de l’église Saint-Maclou à l’heure pour son rendez-vous avec Madeleine. Il avait bien fait de partir un peu plus tôt de chez lui car il avait galéré pour trouver une place où garer sa voiture, assez loin de la place de l’Église. Il regarda à nouveau sa montre, onze heures et trois minutes. Madeleine était en retard. Peut-être était-elle aussi en train de chercher une place pour garer sa voiture. La minute d’après, les cloches de l’église se mirent à sonner, la grande porte centrale s’ouvrit laissant passer un prêtre revêtu de sa chasuble liturgique. Il se mit sur le côté pour laisser passer et saluer les paroissiens qui sortaient par petits groupes. Une minute ne s’était pas écoulée qu’il vit Madeleine apparaître sur le perron de l’église. Après un bref échange avec le prêtre, elle balaya du regard la place à sa recherche. Elle le repéra aussitôt et descendit les escaliers dans sa direction.
« Bonjour Gérard, j’espère que vous n’avez pas attendu trop longtemps. D’habitude la messe se termine juste avant onze heures. Mais aujourd’hui le père Samuel nous a parlé un peu plus longtemps que d’habitude. Son sermon était sur l’amour de notre prochain. »
« Bonjour Madeleine. Non très bien. Je ne savais pas que vous assisteriez à une messe. J’aurais même pu vous accompagner. »
« Lors de notre entrevue de jeudi je ne vous ai pas proposer d’assister à cette messe ne connaissant pas vos convictions religieuses. Êtes-vous chrétien ? »
« Eh bien, … disons … pas exactement. »
« Bien, on aura le temps d’en parler plus tard. Aujourd’hui mon objectif est de répondre à certaines de vos questions et de vous présenter Honorine de Graville. »
Gérard resta un moment sans voix.
« Qu’avez-vous dit ? »
« Vous êtes sérieuse ? »
« Tout ce qu’il y a de plus sérieux. Vous allez pouvoir le constater par vous-même. Venez avec moi. »
Madeleine de dirigea vers la gauche de l’église en direction du presbytère.
« Regardez. C’est bien le numéro 8 qui est inscrit sur la plaque. Ce numéro 8 correspond, bien sûr, au presbytère mais également à l’église. Vous êtes d’accord ? »
D’un mouvement d’épaule, Gérard signifia son accord.
« Bien maintenant venez avec moi. »
D’un mouvement naturel, Madeleine avait pris le bras de Gérard. Ils se dirigèrent vers l’entrée de l’église et pénétrèrent par la grande porte qui était encore ouverte. Ils descendirent lentement la nef centrale jusqu’au Cœur. De là, elle l’entraina vers la travée latérale gauche.
Au fond de la travée, il y avait une chapelle apparemment dédiée à la Vierge. Mais ce n’était pas la Vierge Marie. Cette chapelle était dédiée à Sainte Honorine. Une petite statue en plâtre coloré de bleu surplombait l’hôtel
Madeleine, tenant toujours Gérard par le bras, s’approcha de l’hôtel sur lequel reposait une petite maison de poupée en métal doré. De son doigt elle désigna l’intérieur de la maison miniature et tournant sa tête vers Gérard elle dit à voix basse :
« Gérard, je vous présente Honorine de Graville, du moins ce qu’il en reste. »
La petite maison était le reliquaire qui contenait quelques ossements de Sainte Honorine.
Le cerveau de Gérard tournait à vide. Il n’arrivait pas à trouver un chemin qui lui aurait permis de structurer sa pensée. Il était comme la pièce d’un puzzle jeté en vrac au fond d’un sac avec les autres pièces et qui n’avait aucune vision de la structure générale du puzzle auquel il appartenait. Pour le dire autrement, Gérard ne savait plus où il habitait.
Madeleine le tira par le bras et lui dit :
« Venez, allons nous assoir, je vais vous raconter l’histoire d’Honorine de Graville. »
Honorine était une jeune fille qui vivait, au début du IV siècle, à Lillebonne en pays de Caux. Elle a été martyrisée par les Romains qui voulaient la forcer à pratiquer le culte à l’empereur. Voulant rester fidèle dans sa foi en Jésus elle fut suppliciée, tuée et jetée dans la Seine. Son corps, qui avait dérivé plusieurs jours, fut repêché à Graville, banlieue du Havre d’aujourd’hui, où elle fut inhumée. Des chrétiens construisirent sur son tombeau une chapelle. Au IX siècle, pour échapper aux invasions normandes ses reliques furent transportées par des religieux jusqu’au castrum de Conflans. Depuis cette époque elle est l’objet d’une dévotion. Le reliquaire contenant quelques ossements de la Sainte fut installé dans cette église en 1801.
Honorine de Graville habite, aujourd’hui, au 8 place de l’église à Conflans.
Gérard était sans voix. Les yeux un peu écarquillés il regardait autour de lui mais sans voir vraiment.
Madeleine respecta son silence et attendit tranquillement.
Après un moment, assez long de silence, Gérard se décida à prendre la parole.
« Écoutez Madeleine, je dois reconnaître que je suis complètement largué dans cette affaire d’Honorine de Graville. D’une rencontre fortuite avec une femme qui m’est apparue, après coup, comme une femme merveilleuse m’ayant emporté dans un univers extraordinaire de sensualité et d’amour je me retrouve maintenant plongé dans un univers d’ésotérisme, de religion, de croyance et de phantasme ».
« Où est la logique dans tout ça ? »
« Peut-être qu’il n’y en a pas. Du moins la logique cartésienne que vous semblez affectionner. »
« Écoutez Madeleine, je ne veux pas heurter vos convictions religieuses, mais croyez-moi que je connais bien tout ça. Depuis l’école maternelle jusqu’en terminales où j’ai eu mon Bac en Sciences expérimentales, j’ai fait toutes mes études dans la même institution religieuse catholique de Saint François d’Assise. Alors pensez bien qu’Adam, Moïse, Abraham, Jean le Baptiste, Jésus, Marie, Joseph, Paul de Tarses et consorts, je connais bien tout ça.
La bible, l’Ancien Testament, le nouveau Testament, les Apocryphes, La messe en latin, la confession, la communion, … je connais bien tout ça. J’y ai vu beaucoup d’hommes, quelques femmes, des tas de symboles, des idées et des histoires plus ou moins farfelues mais je n’ai jamais rencontré Dieu. Si certains prétendent avoir rencontré Dieu je dirais plutôt qu’ils ont rêvé cette rencontre. Alors, être replongé dans cette univers onirique, admettez chère Madeleine les réticences de mon esprit cartésien, comme vous dites. »
« D’accord Gérard ne parlons pas de Dieu. Mais pensez-vous, que des personnes humaines comme Jésus, sa mère Marie et son père Joseph ont existé ?
« Très probablement. Si je me réfère, pas seulement aux récits de la Bible, mais à d’autres écrits et même à des études archéologiques il est fort probable que ces personnages ont existé. »
« En dehors de toute croyance religieuse pouvons-nous admettre que ces personnes représentent des symboles et que ces symboles peuvent avoir un impact profond sur les êtres humains, et notamment, encore aujourd’hui. Dans le cas de Marie, elle peut être perçue comme un archétype, un symbole de compassion, de réconfort, ou même de protection maternelle. C’est un phénomène qui peut toucher tous les êtres humains, croyants ou non, surtout dans un moment de réflexion, de doute ou de besoin de guidance. Ne croyez-vous pas ? »
« De la manière dont vous présenter les choses je ne peux pas vous contredire. J’admets, bien entendu, l’exemplarité pour l’humanité de certaines figures historiques comme celle qu’on appelle la Vierge Marie »
« Gérard, pensez-vous que des expériences personnelles et donc subjectives peuvent transcender la logique ordinaire et laisser une impression profonde et des traces indélébiles sinon dans l’âme du moins dans l’esprit. Que l’on soit croyant ou non, ces expériences sont souvent influencées par notre état émotionnel, notre environnement et notre vécu. »
« Ma chère Madeleine, je vois et ressent à travers vos propos, non seulement vos convictions profondes et votre empathie à mon égard mais aussi la psychologue professionnelle dans toute la maîtrise de son art. Et permettez-moi de vous remercier sincèrement de l’intérêt que vous me portez et aussi de bien vouloir m’accompagner dans ma recherche. »
C’était la première fois que Gérard ressentait une affectivité aussi forte pour une femme. Sans remplacer l’affectivité qu’il avait eu, et qu’il a toujours, pour sa maman, Madeleine venait de prendre une place discrète mais de première importance dans sa relation avec le reste du monde.
« Gérard, pourriez-vous me montrer le banc au bord de la Seine où vous avez vécu cette étonnante et merveilleuse ‘’cérémonie’’. A gauche, en sortant de l’église il y a un passage et des escaliers qui permettent d’accéder directement au quai. »
D’un geste de la main il lui donna le top départ.
En sortant de l’église, Madeleine pris naturellement le bras de Gérard et ils prirent la direction du quai. Ils ressemblaient à un vieux couple s’en allant promener. En bas de la pente, ils empruntèrent une ruelle qui débouchait effectivement directement sur le quai et le fameux banc.
En contournant le buisson Gérard s’approcha du banc et désigna celui-ci de la main et dit :
« Voilà c’est ici qu’a eu lieu la rencontre et la suite. »
Madeleine s’assit sur le banc et invita Gérard à s’assoir à coté d’elle. Sans parler ils regardaient des péniches descendre et remonter la Seine. L’idée de Madeleine était d’inciter Gérard à revivre la fameuse scène. De fait depuis qu’il était assis sur le banc à coté de Madeleine, Gérard revivait par le souvenir cette scène d’amour. Il ressentait bien les mêmes sensations et le même déroulé de l’histoire. A une petite différence près toutefois. Il n’arrivait plus à percevoir exactement les traits du visage d’Honorine. Il y avait dans son esprit comme une image ‘’floutée’’. Était-ce la présence de Madeleine qui venait interférer dans ses souvenirs ?
Au bout d’un moment, Madeleine reprit la parole :
« Et si nous allions manger un morceau dans un de ces restaurants le long du quai. C’est moi qui vous invite. » dit-elle d’un ton qui n’admettait pas la contradiction.
Ils trouvèrent et prirent place à une table en terrasse d’une pizzeria un peu plus loin sur le quai des Martyrs de la Résistance. Il faisait beau et doux et toutes les terrasses des restaurant faisaient le plein ce dimanche midi. Le garçon leur donna des menus pour choisir.
« C’est moi qui vous offre l’apéritif. » dit Gérard qui ne voulait pas être en reste.
« Deux Spritz. » commanda-t-il au garçon.
« Vous connaissez ? Vous allez aimer. »
Le garçon déposa sur la table deux grands verres à cocktail rempli d’un liquide orange qui pétillait un peu avec un zeste d’orange qui flottait. Ils passèrent leur commande. Un fois seul, Gérard pris les verres et il en tendit un à Madeleine. Il la regarda droit dans les yeux et lui dit :
« Chère Madeleine permettez-moi de porter un toast à notre rencontre. Tchin ! »
Ils burent quelques gorgées de l’énivrant cocktail en se fixant profondément dans les yeux. Aucun des deux ne voulait détourner son regard. A ce moment précis c’était comme une nouvelle communion entre ces deux personnes.
Après quelques gorgées, Gérard reprit la parole :
« Je dois avouer que la rencontre avec cette femme m’a beaucoup plus impacté que je ne le pensais. Après quelques mois de recherches infructueuses j’ai essayé de l’oublier ou du moins de la mettre sous le boisseau. En fait, en pure perte. Je l’ai bien constaté à partir de notre rencontre fortuite. Mon besoin de la rencontrer à nouveau devient inextinguible. Je dois absolument agir pour la retrouver. C’est pourquoi je vous suis doublement reconnaissant, d’abord de votre aide, disons technique, mais aussi pour votre soutien moral. Je vous rappelle que quand je suis avec cette femme, notamment par la pensée, elle me guérit de mon handicap physique. Et jusqu’à maintenant c’est la seule femme qui réalise ce miracle. Je sais, chère Madeleine, que vous comprenez mon impatience, mon espoir et aussi mon désespoir. »
« A propos, j’ai fait des recherches et je me suis renseigné auprès d’amis médecins. Votre handicap n’est pas dû à une défaillance mécanique mais à plus de 90% il est certainement dû à un problème psychique. »
« Je sais. On me l’avait déjà dit. Mais malgré tous les traitements et même tous les ‘’pseudos traitements’’ que j’ai essayés ils n’ont jamais résolu mon problème. ….
Alors qu’avec cette dame … »
On servit les plats et pendant quelques minutes ils mangèrent en silence.
Madeleine décida de revenir à l’objectif premier de la visite à l’église Saint Maclou.
« Gérard, croyez-vous que la femme que vous avez rencontrée un soir sur ce quai puisse être cette Honorine de Graville morte il y a dix-sept siècles et dont quelques ossements demeurent dans cette église ? »
Après un moment de réflexion Gérard répondit :
« Vous savez, je ne crois pas à la résurrection des morts et donc ce ne peut pas être cette personne sainte ou pas. Quelqu’un a peut-être usurpé son identité. »
Madeleine était très prudente dans le choix de ses propos car elle ne voulait surtout pas heurter l’athéisme de Gérard.
« Croyez-vous que Marie la mère de Jésus a existé ? »
« Je vous ai déjà répondu à ce sujet. Elle a très probablement existé . »
« Pensez-vous que celle qu’on appelle la Sainte Vierge ait une telle charge symbolique et que, même sans aucune croyance religieuse, son symbole peut avoir un impact profond sur le psychique de personnes en recherche de sens à leur propre vie. »
« Je ne suis pas très au fait des influences psychiques mais je veux bien admettre que c’est possible. »
« Alors, essayons de comprendre et d’expliquer. »
Madeleine s’arrêta un moment pour reprendre son souffle. Ce qu’elle se préparait à expliquer à Gérard pouvait aussi bien enlever ses doutes que le renforcer dans son déni.
« Gérard, ne croyez-vous pas que notre cerveau a tendance à rechercher du sens et des figures familières dans des expériences inhabituelles. Il n’est pas rare d’avoir des expériences quasi spirituelles ou mystiques dans des endroits calmes et inspirants, comme le bord de la Seine la nuit, où notre perception et nos émotions peuvent être amplifiées. »
Madeleine repris son souffle.
« La Vierge Marie n’est pas uniquement une figure religieuse ; elle incarne aussi des valeurs universelles de compassion, d’empathie et d’amour. Ces valeurs sont compréhensibles et peuvent avoir un écho même pour quelqu’un de non-croyant comme vous. Ne croyez-vous pas ? »
Gérard ne répondit pas. Il attendait la suite.
En adoptant une approche ouverte et en évitant le côté dogmatique, Madeleine voulait, sinon prouver, du moins faire comprendre à Gérard que son expérience pouvait être abordée d’une manière qui respecte sa croyance ou sa non-croyance en l’espèce, tout en montrant que certains phénomènes restent mystérieux et résonnent au-delà des frontières religieuses.
« Il pourrait, que votre rencontre avec cette mystérieuse et merveilleuse dame, soit comme une sorte de connexion avec des aspects de l’humanité et de la nature humaine, représentée par la figure de Marie. »
Madeleine continua sans laisser à Gérard le temps de répondre.
« La Vierge Marie n’est pas uniquement une figure religieuse ; elle est une image universelle d’humanité et d’amour. Cela n’a rien à voir avec une quelconque religion. Je pense que vous pouvez comprendre ce concept. »
Gérard ne sut pas quoi répondre. Il était en pleine réflexion, sinon en pleine confusion.
Madeleine sentit l’indécision de Gérard. Elle comprit qu’il pouvait, à ce moment précis, admettre certaines choses qui, apparemment et de prime abord, pouvaient être contraire à ses convictions cartésiennes. Il fallait lui laisser un peu de temps pour respirer.
« Qu’en pensez-vous ? »
Gérard respira un bon coup et prit la parole.
« Madeleine je vous remercie pour toutes ces explications. Je ressens bien à travers ces propos, non seulement vos excellentes capacités professionnelles de psychologue mais aussi, et surtout, votre conviction spirituelle et votre profonde croyance en Jésus et en Marie. »
Il fit une pause et repris.
« Je ne vous cacherai pas que je suis profondément troublé par tout ce que j’ai découvert aujourd’hui grâce à vous. Je ne vous cacherai pas que tout ce que vous m’avez dit ne me laisse pas indifférent et que ça mérite, de ma part, une sérieuse réflexion. »
Gérard savait bien qu’il venait d’ouvrir une brèche dans la muraille de ses convictions. Mais ce qu’il voulait vraiment savoir c’est si cette brèche était la conséquence du discours de Madeleine ou la conséquence de la personne même de Madeleine. Il sentait bien son empathie vis-à-vis d’elle. Il avait envie de la croire.
A ce moment-là, Madeleine décida de changer de voie car le temps des réponses n’était pas encore là.
« Connaissez-vous ce qu’on appelle ‘’mariophanies’’ ? »
« Non, je n’ai aucune idée. »
« Mariophanie est le terme que l’on utilise pour nommer une apparition de la Vierge Marie. »
« Et bien, j’ai un mot de plus à mon vocabulaire »
Madeleine continua comme si elle n’avait pas été interrompue.
« A ce jour, on a recensé environ 4500 soient disantes apparitions de la Vierge dans le monde, mais seulement moins de 20 sont considérées par les autorités catholiques comme probables. Ces mariophanies sont considérées par ces mêmes autorités comme des révélations ‘’privées’’. Une apparition concerne toujours une seule personne et jamais un groupe. Par exemple à Lourdes c’est une jeune fille qui s’appelait Bernadette Soubirou qui a bénéficié de l’apparition de Marie.»
« Ma chère Madeleine où veux-tu en venir ? Oh ! Je vous ai tutoyé. Excusez-moi. »
« Non, au contraire je pense que nous pouvons nous tutoyer maintenant. »
Gérard était content car il sentait quelque part que cette femme l’intriguait ou l’attirait de plus en plus.
« Gérard, je sais que tu es athée et je respecte cela. Je ne peux pas te démontrer que Marie est intervenue dans ta vie. Mais regarde simplement ce qui t’est arrivé. Pendant toute ta vie, tu pensais être incapable de surmonter ton handicap. Puis une femme inconnue apparaît dans des circonstances totalement inattendues et, avec elle, ton corps fonctionne pour la première fois. Elle disparaît ensuite de ta vie, mais son souvenir continue à provoquer quelque chose que tu croyais impossible. Moi, qui suis croyante, je peux me demander si cette rencontre n’a pas eu une signification qui nous dépasse. Peut-être pas que cette femme était la Vierge — je n’en sais rien — mais peut-être que cette rencontre t’a été donnée pour te révéler quelque chose : ton handicap n’était peut-être pas aussi définitif que tu le pensais. »
Madeleine fit une pose pour laisser à Gérard le temps d’intégrer son discours. Après un instant elle reprit la parole.
« Je ne te demande pas d’appeler cela un miracle. Je te demande seulement de ne pas fermer la porte à une question : pourquoi cette rencontre précise a-t-elle provoqué pour la première fois ce que tu croyais impossible depuis toujours ? »
La brèche qui s’était ouverte dans les certitudes de Gérard était en train de s’agrandir. Il ressentait une envie de plus en plus forte de croire au discours de Madeleine.
Comme souvent, lorsqu’on ne comprend pas une chose, on fait appel au surnaturel, à la magie, au merveilleux. Était-ce ses convictions qui partaient en déshérence ou voulait-il seulement croire la femme qui était en face de lui. La question qu’il ne voulait pas se poser – Pourquoi Madeleine s’intéressait-elle tellement à lui ? Pourquoi prenait-elle de plus en plus d’importance dans sa vie.
Il reprit la parole et il parla sans recul sur les phrases qu’il exprima.
« Tu penses réellement au fond de toi que moi, petit fonctionnaire avec mon handicap, j’aurais bénéficié des sollicitudes de celle qu’on appelle Marie mère de Jésus. Parions et admettons que tu ais raison. Ce qui a été fait une fois pourrait être reproduit. N’est-ce pas ? Ce que je veux dire par là c’est que rien n’empêcherait cette Marie de revenir vers moi. Comment pourrais-je la rencontrer à nouveau ? Voilà la grande question. »
Madeleine était partagé entre deux choses : sa conviction religieuse et la rationalité de sa profession de psychologue. Croire ou savoir il faut choisir. En ce moment précis Madeleine refusait de choisir.
« Tu sais Madeleine, je suis retourné de nombreuse fois en fin d’après-midi, après la travail, m’assoir sur le banc du quai des Martyrs de la résistance. J’espérais que cette femme réapparaitrait. Elle n’est jamais revenue. »
Madeleine sentit une sorte de désespoir chez Gérard. Cette peine qu’elle ressentait chez lui la touchait beaucoup plus que prévu pour une professionnelle avertie. Elle avait envie de le rassurer et de le prendre dans ses bras pour le consoler comme un enfant. Quel était ce sentiment nouveau ?
« Gérard, si vous le voulez bien, finissons ce repas et allons faire quelque pas. »
« D’accord. »
Ils burent leur café et Gérard appela le serveur pour avoir l’addition. Gérard voulait payer le déjeuner mais Madeleine refusa car c’était elle qui l’avait invité. Une controverse démarra, mais elle cessa rapidement quand ils convinrent de partager l’addition.
Ils marchaient le long de la Seine, épaule contre épaule sans dire un mot. Le soleil de l’après-midi chauffait mais l’ombre des arbres et la légère brise qui soufflait sur le fleuve rendaient l’atmosphère très agréable. Un moment de détente et de sérénité.
Au bout d’un moment, Gérard pris la parole.
« Comme je t’ai déjà dit, tout ce que j’ai appris et entendu de ta part me posent beaucoup de questions. Certaines choses sont contraires à mes propres croyances et convictions. Je croyais que tout ceci était immuable et inscrit dans le marbre. Je dois reconnaître que le marbre s’est un peu fissuré. Cela fait des mois que cette affaire me hante et même, soyons franc, me tourmente. Cela ne peut pas continuer ainsi indéfiniment. Il faut que je prenne une décision et stopper tout ça. »
Madeleine écoutait sans répondre. Elle laissait Gérard développer sa réflexion.
« Je vais me donner quelques jours pour vérifier quelques options et je déciderais. »
Au bout d’un moment de silence, Madeleine reprit la parole et dit :
« Tu as raison, il faut, à un moment, lever tous ces doutes et ces interrogations sans réponses. Je dirais que c’est un problème, non seulement, de santé physique mais aussi de santé mentale. Écoutes Gérard, je serais à tes côtés, non seulement en tant que professionnelle mais également en tant qu’amie pour t’accompagner dans cette recherche et peut-être dans une nouvelle aventure personnelle. Si tu es d’accord, bien entendu. Je te propose de se revoir à mon cabinet la semaine prochaine. »
« OK, à jeudi prochain. Bonne fin d’après-midi. » Lui répondit Gérard.
Le jeudi suivant, Gérard, se pointa un peu en avance pour son rendez-vous avec Madeleine.
Il avait tellement de choses à lui dire sur ce qu’il avait fait ces derniers jours notamment les recherches sur ces fameuses apparitions mariales et surtout la décision qu’il avait prise.
« Entre, installes-toi. Tu veux un café ? »
« Oui, je veux bien, merci. »
« Alors, comment ça s’est passé depuis samedi ? » dit Madeleine en préparant le café.
« Écoutes bien. Je vais tout de dire.
J’ai un cousin qui s’appelle Robert. Il est chrétien et très pratiquant. Il organise des journées de prières régulièrement un peu partout en France. Il a une dévotion très particulière pour la Vierge Marie. Un peu comme le Pape Jean XXIII. Je l’ai contacté pour lui demander conseil et s’il pouvait m’aider dans mes reccherches. Je lui ai expliqué quelle était l’idée centrale de mes recherches. Ce que je lui demandais c’était de ma citer les principaux lieux où, ‘’officiellement’’ admis par l’Église, la Vierge Marie était apparue. Il me répondit qu’il en connaissait quelques-uns, sans plus, mais qu’il ne pouvait pas me faire une réponse exhaustive. Mais que j’avais de la chance, car quelques jours auparavant, il participait avec sa femme Françoise à une journée de prière. Lors d’un break, le sujet des apparitions mariales avait été abordé entre quelques participants. L’un d’eux informa qu’un livre venait d’être publié et que ce livre faisait l’inventaire de toutes les apparitions de Marie dans le monde. Tu sais mon intérêt pour Marie, j’avais noté les références du livres, je vais te les communiquer. Quelques minutes il me dictait les références du livre Dictionnaire des Apparitions de la Vierge Marie par Joachim Bouflet, éditions du Cerf – tu devrais le trouver facilement dit-il. Après quelques échanges de bisous on raccrocha.
Trouver facilement, tu parles. Je suis allé à Paris dans le quartier Latin et de Saint Germain. J’ai dû visiter six librairies avant de trouver l’ouvrage dans une petite librairie sur les quais de Seine spécialisée dans les ouvrages religieux. Alors là, tient-toi bien. J’ai découvert un nouveau monde, un monde immense, inattendu, très étrange, presque magique mais toujours un monde très humain. »
Gérard fit une pause pour boire son café. Madeleine avait senti dès les premiers mots le changement de l’état d’esprit de Gérard. Il était plus optimiste. Un peu excité même. On sentait une confiance retrouvée ou une nouvelle confiance, elle ne savait pas encore. Elle attendait la suite. Gérard sortit de son sac à dos un livre et il reprit la parole.`
« Sais-tu combien de fois on a répertorié au cours des siècles les apparitions de Marie ?
Vois-tu ce livre, il pèse 1,490 kg et il a 986 pages. Et attention ! Il est écrit en petits caractères.
Prends le et soupèses-le. Tu sens son poids, feuillettes-le. »
Madeleine prit l’ouvrage et compris ce que voulais dire Gérard. Il reprit la parole :
« Environ 2400 cas ont été répertoriés et environ 4500 signalements d’apparitions mariales ont été recensées partout dans le monde mais avec, bien entendu, une prédominance du monde chrétien. Apparition depuis le premier siècle. C’est dingue, c’est totalement fou.
Maintenant les autorités ecclésiastiques admettent officiellement une petite vingtaine d’apparitions considérées comme surnaturelles et privées. Parmi les plus célèbres : Lourdes en France, Fatima au Portugal, Guadalupe au Mexique.
Il est intéressant de noter que, dans la plupart des cas, la Vierge est apparue plusieurs fois. Par exemple, pour Lourdes, la Vierge serait apparue 18 fois à Bernadette Soubirous du 11 février au 16 juillet 1858. »
« Puis-je avoir un autre café »
Sans rien dire, Madeleine se leva et se dirigeât vers la machine au café. Gérard était le maître de cérémonie. Le moment lui appartenait. Madeleine lui servit son café.
Après une première gorgée qu’il sembla déguster avec délice, Gérard repris la parole.
« Ma théorie est la suivante. Chaque fois que Marie apparaît à une personne, il semblerait qu’un lien se créer, comme un lien de fidélité entre la personne visitée et la Vierge Marie. C’est ce qu’expliquerait le fait qu’il y a une succession d’apparition sur plusieurs semaines et même plusieurs mois pour certaine. Ce lien semble parfaitement établi. Par la suite on voit bien que la personne visitée est marquée pour sa vie entière. Ce qui veut que ce lien est permanent et définitif. »
Gérard fit une pause et tout en buvant son café son regard chercha et trouva celui de Madeleine. Il garda ses yeux fixés sur ceux de Madeleine et continua de parler.
« A supposer que ta théorie soit bonne et que je veuille bien l’accepter – en lui-même il se demanda pourquoi il s’engageait autant dans cette voie. Il avait poussé jusqu’à là et il décida de continuer – Je disais, donc, que si ta théorie est bonne, il a dû se créer entre moi et cette dame qui m’a fait grâce de sa sollicitude, c’est peu de le dire, c’est-à-dire la Vierge Marie, d’après toi un lien indéfectible a donc été créé entre elle et moi. Ce lien me relie à elle pour toute ma vie. Elle ne va pas me renier. Il est donc pas impossible que je puisse la rencontrer de nouveau. Qu’en penses-tu ? »
Madeleine réfléchie avant de répondre. Elle pensait que Gérard ne lui avait pas – encore – tout dit.
« Je te l’ai déjà dit, je crois : La Vierge Marie n’est pas uniquement une figure religieuse ; elle incarne aussi des valeurs universelles de compassion, d’empathie et d’amour. Ces valeurs, on peut y souscrire que l’on soit croyant ou incroyant comme toi. Il se peut bien que cette fin d’après-midi, sur ce banc, au bord de scène, alors que tu te relaxais dans une calme torpeur tu as bénéficié des faveurs d’une dame. N’oublie pas que tu vivais depuis plusieurs mois dans un état de frustration. Une frustration qui s’amplifiait au fur et à mesure que tu t’éloignais de cette merveilleuse rencontre. Tu es un homme bon. Je pense sincèrement que tu as bénéficié d’une grâce divine qui te permettra de surmonter ton handicap. »
En écoutant ce plaidoyer Gérard su intuitivement que ses convictions, qui avaient été acquises grâce à son savoir, allaient voler en éclats. Mais il savait aussi que ce n’était pas le raisonnement qui le convaincrait mais la personne même de Madeleine. Pourquoi et comment cette femme a-t-elle pris un tel pouvoir sur son esprit ?
Une psychologue comme Madeleine aurait pu répondre facilement à cette question. Tout le mental, l’esprit et pourquoi pas l’âme ainsi que le corps physique de Gérard, dans ses moindre molécules, étaient orientés vers un unique objectif –-> rencontrer à nouveau la merveilleuse dame. Et cette dame empêchait, pour l’instant, Gérard de voir et de ressentir les personnes qu’il rencontrait et fréquentait et notamment Madeleine. Gérard était obsédé et drogué par l’énigmatique dame. Arrivé à ce stade Gérard abandonna, en rase campagne et sans remord, toutes ses convictions cartésiennes. Il vivait une nouvelle et vrai conversion.
« Madeleine je vais suivre ton raisonnement. A ce jour, tu es la seule personne au monde à qui je peux faire confiance, tu es la seule personne au monde à qui je peux confier mon cœur ? »
Sans s’en rendre compte Gérard venait de faire à Madeleine une vraie déclaration d’amour. Madeleine, à l’inverse compris immédiatement. Une chaleur avait envahi son cou et montait vers son visage. Elle tourna la tête pour cacher son trouble. Quand elle eut retrouvé la maitrise de ses sentiments, elle se retourna vers Gérard et lui dit :
« Gérard, je suis très honorée par ta confiance en moi. Je tacherai de m’en montrer digne.
Comme je te l’ai déjà dit, je serai à tes cotés pour t’aider dans ta quête. »
On ne pouvait pas faire plus banal. Madeleine, qui avait déjà ressenti son attirance pour Gérard, ne voulait absolument pas le détourner de ses objectifs. Le temps n’était pas encore venu.
« Je te remercie pour ton aide, ta bienveillance et ta sollicitude à mon égard. Ça compte beaucoup pour moi. »
Encore une fois, toujours sans s’en rendre compte, Gérard venait de déclarer son intérêt pour Madeleine. Il enchaîna aussitôt :
« J’ai fait le projet suivant –> je vais partir à la recherche de cette dame que tu appelles la Vierge Marie, j’allais dire »partir à la chasse », partout où de notoriété ecclésiastique celle-ci est apparue. Ce sont des lieux qu’elle a fréquentés et elle peut y revenir quand j’y serais. Avec un peu de chance ce lien qui me relie désormais à elle pourrait nous aider pour cette future rencontre. Je suis convaincu que j’ai une vraie chance, peut-être petite, de la rencontrer. Je ne vais pas faire le tour du monde. Je commencerai par les principaux lieus en Europe.
Je compte sur toi pour m’aider dans la mise en route de ce projet.
Et c’est ainsi que l’aventure commença ou recommença.
Épilogue :
Il avait salué et serré dans ses bras Madeleine. Il se mit au volant de son camping-car, tourna la clé de contact, mis le moteur en route, embraya une vitesse et après un dernier geste pour saluer Madeleine il s’engagea sur la route et son nouveau destin.
Au moment où il s’éloignait il ressentit comme un regret de quitter son ancienne vie. Mais très vite il comprit que ce n’était pas son ancienne vie qu’il regrettait. C’était de quitter Madeleine. Il venait de s’apercevoir et de comprendre qu’il y avait un autre lien qui le reliait cette fois à une personne bien vivante et identifié qui s’appelait Madeleine.
Son voyage ne dura pas six mois. Il commença par Lourdes où il resta trois semaines. Il se rendit chaque jours à la grotte de Massabielle où la Vierge était apparue 18 fois à Bernadette, en se mélangeant aux pèlerins.
Ensuite, il se rendit à Fatima au Portugal. Là il resta presque un mois. C’était comme des vacances. Il raffolait de la cuisine portugaise notamment leur fameux ‘’bacalao’’, la morue salée et séchée en français. Les fameux trois secrets de Fatima finalement révélés en 2000 ne l’intéressèrent pas.
Il poussa, par acquis de conscience, jusqu’à La Salette dans la montagne en Isère. D’autant plus que c’était sur la route du retour.
Il savait que sa quête était veine et même complètement stupide. On ne commande pas la Vierge Marie. On pouvait seulement la priée. Ce qu’il se surpris à faire un jours où il se sentait très seul. Madeleine lui manquait.
Et si toute cette histoire n’avait qu’un but –> lui faire rencontrer Madeleine.
Chose étrange quand il était allongé sur sa couchette en pensant à Madeleine il sentait des fourmillement dans son sexe.
Après La Salette où il resta à peine une journée il prit la route pour rentrer à Conflans-Sainte-Honorine. La veille de son arrivée il téléphona à Madeleine pour la prévenir de son retour et qu’il serait heureux de la rencontrer dans l’après-midi. Ce qu’il ne vit pas ce furent les larmes qui inondèrent le visage de Madeleine dès que la communication fut terminée. Madeleine était fébrile. Elle se demandait comment s’habiller pour le recevoir.
Gérard gara son camping-car. Madeleine était là à l’attendre sur le pas de sa porte.
Ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. En serrant très fort Madeleine Gérard sût que la femme qu’il cherchait depuis des mois était là nichée dans ses bras.
Trois mois plus tard ils se marièrent. C’est en passant devant l’officier d’état-civil qu’il découvrit le vrai prénom de Madeleine qui était Marie-Madeleine
Gérard ne connut plus de problème d’érection. Avec Marie-Madeleine il bandait dur comme un soudard.
Trois mois plus tard Marie-Madeleine tombait enceinte. Elle avait quarante-six ans et n’était pas ménopausée.
Neuf mois plus tard Marie-Madeleine donna naissance à une fille qu’ils prénommèrent d’un commun accord Honorine.
Maintenant c’est l’histoire d’Honorine qui commence !
Quelques clés de compréhension :
- Pourquoi Gérard accepte cette la proposition de l’extraordinaire dame –> c’est la première fois de sa vie qu’il une érection en entendant seulement la voix de la dame. Il ne pouvait pas laisser passer ça
- Pourquoi Gérard part désespérément à la recherche de cette dame. C’est la seule personne qui le rend pleinement homme. C’est un désir très fort.
- Gérard a-t’il réellement vécu cette rencontre ou a-t’il rêvé dans un moment d’assoupissement. Il n’a pas retrouvé la carte de visite, ni le mouchoir. Ça restera un mystère.
- C’est Marie-Madeleine qui, par sa profonde croyance religieuse, pense sincèrement que Gérard a pu bénéficie d’une action de grâce de la Vierge Marie. Elle va créer le doute dans l’esprit de Gérard l’athée.
- Au final, ce parcours l’amènera à l’amour de Marie-Madeleine et c’est cet amour qui guérira définitivement Gérard de son handicap
Qui est Honorine ?
Honorine est une femme enthousiaste et émotive. Elle est également généreuse et entière, et elle a horreur des demi-mesures. Il faut dire que la diplomatie n’est pas vraiment son fort. Honorine ne supporte pas l’oisiveté ou le désœuvrement. Dynamique comme elle est, elle ne peut pas rester longtemps sans occuper ses mains ou son esprit. Honorine est faite d’une seule pièce, naïve, franche et directe. Honorine a l’âme d’un parfait leader. Elle dirige, gère et gouverne sans problèmes. Elle aime avoir une emprise sur les autres. Mais Honorine saura devenir aussi douce que le miel. Côté carrière, elle sera tentée par les professions en rapport avec le pouvoir et l’argent : femme d’affaires, banquière ou encore comptable.
Honorine la ‘’curieuse’’
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Informations et remerciements :
Cette histoire est une pure fiction.
Cependant certaines scènes racontées dans ce livre se sont réellement passées.
J’ai emprunté le prénom de Gérard à mon cousin fils de Philippe le dernier frère de mon père
Je remercie mon cousin Robert P. et son épouse Françoise qui m’ont aidé dans mes recherches sur les apparitions de la Vierge Marie.
Je remercie également mon ami Philippe M. qui a inspiré le personnage de Gérard notamment pour sa profession d’inspecteur des impôts
Marie-Madeleine a été inspirée par une amie décédée depuis