Je suis toujours étonné par la médiocrité de la majorité des hommes politiques actuels et, dans une moindre mesure, des journalistes d’opinion. Ces gens parlent la plupart du temps en prétendant exprimer la pensée des Français. Ils déforment la réalité des opinions selon leur propre vision politique. Leurs analyses sont souvent simplistes et manquent de profondeur.
Par exemple, beaucoup semblent oublier certaines motivations importantes du vote des Français lors des dernières élections européennes et législatives. Ainsi, le score très important du RN aux européennes s’explique en grande partie par le fait que beaucoup de Français ne supportent plus Macron et ont voté RN pour l’emmerder, sans que cela ait de grosses conséquences sur la politique intérieure. Lors des législatives et du fameux Nouveau Front Populaire, les Français ont surtout voté pour remettre le RN à sa juste place. Quelques jours auparavant, le RN était censé prendre le pouvoir à Matignon. Les Français ne sont pas des extrémistes. Ils ont d’ailleurs voté pour qu’aucun des trois blocs ne puisse gouverner seul. Cela signifie que 20 à 30 % des Français ne peuvent pas imposer leur politique aux 70 à 80 % qui n’en veulent pas. C’est une situation qui correspond au système d’élection majoritaire à deux tours (rappel : en 2002, Jacques Chirac a été élu président alors qu’il n’avait obtenu que 19 % des voix au premier tour). Chez la plupart de nos voisins, les gouvernements sont issus de coalitions résultant de négociations et de compromis entre des partis qui se combattaient auparavant.
Nos leaders d’opinion, journalistes et politiques, affirment souvent que les Français ne savent pas faire de compromis et que, par conséquent, il est impossible de constituer des coalitions gouvernementales, comme c’est le cas chez nos voisins allemands. C’est totalement faux. Dans la vie, tout est affaire de compromis. La moindre opération commerciale repose sur un compromis, une recherche d’équilibre entre des positions apparemment contraires au départ. Alors, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas en France ?
Pour une raison simple : les partis politiques n’ont pas pour objectif l’intérêt général des Français. Leur objectif est la prise de pouvoir pour une seule personne (RN pour Marine Le Pen, LFI pour Jean-Luc Mélenchon, LR pour Laurent Wauquiez, Horizons pour Édouard Philippe, etc.). Autrement dit, après l’élection, les partis ne sont pas prêts à faire des compromis ou à former des coalitions de gouvernement. Ce sont des « écuries » qui reviennent à leur stratégie première : la conquête du pouvoir pour leur candidat. C’est la base du système de la Ve République.
On reproche au Premier ministre montagnard Michel Barnier d’avoir reconduit les mêmes personnes dans son gouvernement et de poursuivre la même politique. C’est d’abord un procès d’intention. Attendons sa déclaration de politique générale pour connaître ses principales orientations. Mais pourquoi Barnier n’a-t-il pas élargi son gouvernement, davantage à gauche ou à droite ? Il a sincèrement essayé, contre l’avis de Macron. Pourquoi a-t-il échoué avec la « super gauche » et la « super droite » du RN ? Les partis de ces tendances avaient déclaré, avant toute négociation, qu’ils ne souhaitaient ni participer à un gouvernement ni soutenir sans participation. Un refus d’entrée qui exclut toute négociation !
Pourquoi ? Parce que, comme déjà dit, l’intérêt de la France et des Français n’est pas leur véritable objectif. Ils ne connaissent pas « l’intérêt général », mais uniquement les intérêts particuliers. Cette remarque peut s’appliquer à tout l’arc politique, de Macron à Ciotti, à quelques exceptions près. On est loin de l’esprit du Conseil National de la Résistance.
Dans la Ve République, tout est centré sur l’élection présidentielle, qui est devenue l’objectif principal des partis. C’est pourquoi leurs stratégies et leurs tactiques ne concernent jamais l’intérêt général de la France et des Français.
Quid alors de la démocratie en France ? On peut dire, sans trop se tromper, que la France, en matière de démocratie, « marche sur la tête ». En effet, depuis l’apparition des partis dits « extrémistes », une grande partie des votes exprimés sont des votes « contre », et non des votes « pour ». « Ce n’est pas mon choix, mais je vote pour celui-là pour empêcher l’autre de gagner. »
Comment peut-on faire une bonne soupe avec des ingrédients contraires ? Faut-il croire que l’évolution de la Ve République vers un régime strictement présidentiel, le vote majoritaire à deux tours, l’absence de reconnaissance du vote blanc (qui n’est pas un non-choix) et une abstention croissante entraînent la France vers une « non-démocratie » ? Une France où des « minorités » peuvent s’accaparer le pouvoir et où les « majorités » en sont écartées !
Il semblerait que notre système soit à bout de souffle. Le citoyen s’éloigne et abandonne de plus en plus la politique, devenue souvent un « melting pot » de politique, d’expert, de communicant, avec l’appui des réseaux sociaux et des chaînes d’infos en continu. La politique est devenue avant tout une affaire de communication.
Peut-être le peuple français devra-t-il à nouveau faire la révolution pour remettre le « Roi républicain » à sa place et permettre à la représentation nationale d’agir dans l’intérêt général. Tout est une question d’équilibre.
Bonne chance au Premier ministre Michel Barnier, et surtout, bonne chance à la France.
Victor Mac le 21/09/2024