Mourir d’aimer pour l’amour d’une jeune fille, ….
On lui disait souvent : « Arrête tes conneries ! Continue comme ça et tu finiras par mourir jeune »
C’était un ami très cher et on se préoccupait toujours de ses péripéties. Car il avait un rendez-vous particulier avec l’imprévu, l’incident, l’accident, le trou dans la chaussée, … Il y avait des choses qui n’arrivaient qu’à lui. Un exemple : un arbre au milieu d’une large piste de ski à Valloire. Tout le monde passait à droite ou à gauche de l’arbre, sauf lui. C’était un jeune homme d’un peu plus de vingt ans mais avec un corps déjà plein de cicatrices comme un vieux baroudeur.
Connaissez-vous Ljubljana, la capitale de la Slovénie, qui en 1970 faisait partie de la Yougoslavie du Maréchal Tito ?
Aujourd’hui en 2025, Chambéry Savoie – Ljubljana, c’est environ 1.100 km en passant par l’Allemagne ou en passant par l’Italie. Un parcours autoroutier complet soit une douzaine d’heures de conduite sans arrêt.
Mais imaginez-vous en 1970. A cette époque il n’y avait pratiquement aucune autoroute sauf quelques dizaines de km en Italie. Faire un tel voyage en 2 CV Citroën qui peinait à dépasser les 60 km/h en vitesse de pointe, demandait du courage et une grande endurance. Cela représentait près de 48 heures de conduite avec deux conducteurs se relayant. Une vraie aventure.
Notre cher ami, de son vrai nom Michel Belluard, était surtout connu sous le nom de ‘’Pampy’’. Postier de son état, il pratiquait la gymnastique dans le club sportif chambérien ‘’l’Alerte chambérienne’’. Gymnaste assidu il avait eu le bonheur de faire partie de l’équipe championne de France promotion 1964. Une solide et fidèle amitié unissait les membres du club.
Octobre 1970, les championnats du monde de gymnastique sont organisés à Ljubljana en Yougoslavie. En ces années-là, la gymnastique mondiale était largement dominée par les Japonais. Les Russes et les pays de l’Est arrivaient en seconde position. A cette époque, il n’y avait pas les réseaux télévisés d’aujourd’hui qui auraient permis d’assister aux différentes épreuves de ce championnat.
Et c’est ainsi que notre ami ‘’Pampy’’, passionné de gymnastique, décida, avec un autre ami, d’aller en voiture en Yougoslavie pour assister à ces championnats du monde. C’est là que l’aventure commence.
Pendant une semaine Pampy va assister aux exploits gymniques des sportifs. Les gymnastes japonais remportent presque toutes les médailles individuelles et collectives.
Une semaine de vrai bonheur. La fête est terminée, maintenant il faut penser à rentrer à Chambéry. Il ne faudra pas trainer car Pampy a un rendez-vous important le samedi 31 octobre.
Ils ont roulé tout le jour précèdent et toute cette dernière nuit. Sept heures du matin, Pampy arrive enfin chez ses parents, où il vivait, Il prend une douche, se change et avale rapidement un café avant de quitter précipitamment la maison.
Il avait un rendez-vous important à midi précise et il voulait être en avance pour ne prendre aucun risque.
Il est onze heures ce samedi. Je gare ma voiture près de celle de Pampy. Je lui propose de prendre un café. Nous faisons partie de la même équipe de gymnastes à l’Alerte chambérienne. Il commence aussitôt à me raconter son voyage aux championnats du monde de gymnastique. Il débordait d’enthousiasme en me racontant les exploits des Japonais. Je lui demandais s’il viendrait à la soirée organisée ce samedi soir pour l’anniversaire de notre amie Madeleine Bernard. « Désolé je ne pourrais pas venir, j’ai rendez-vous avec une fille » me répond-t-il.
Un peu surpris, je fis mine de rien. Pampy était un gentil garçon mais très timide avec les nanas. Il embarquait rarement pour ne pas dire jamais. Jusqu’à maintenant je ne lui avais pas connu la moindre liaison. J’étais content pour lui. Sans me dévoiler les détails de cette liaison, toujours la pudeur de Pampy, il me fit comprendre que cela faisait déjà quelques temps qu’il avait rencontré une jeune femme et qu’ils étaient bien ensemble. C’était du sérieux. Ils étaient épris l’un de l’autre. A l’occasion il sera heureux de me la présenter.
« Il faut que te quitte, j’ai rendez-vous dans un quart d’heure » me dit-il.
« A demain, alors peut-être » lui dis-je
« A demain » me répond-il.
Il était exactement 11.45 heures ce samedi 31 octobre 1970. Ce fut la dernière fois que je vis mon cher ami Pampy.
Dimanche 1er novembre 1970 (c’était la Toussaint) vers 1 heure 35 du matin un feu se déclare dans une loge située au premier étage au-dessus du bar de la discothèque. Sur la scène un groupe de rock, les ‘’Storm’’ joue la chanson Satisfaction des Rolling Stone. Un barman voit des lumières tremblantes à l’étage et comprend qu’il y a le feu. Il traverse la piste de danse en criant ‘’Au feu’’. Une panique s’installe rapidement. Les personnes se bousculent, elles courent dans tous les sens. Les sorties de secours sont verrouillées. Le tourniquet de l’entrée est complètement bloqué sur la poussée de la foule. Le feu se propage avec une rapidité foudroyante. Le décor est en matériaux synthétiques hautement inflammables. Ces matériaux plastiques brûlent en dégageant des fumées extrêmement toxiques.
A 1 heure 45, soit dix minutes après le début de l’incendie, il n’y a plus de survivants dans la discothèque. A l’arrivée des pompiers le bâtiment avait complètement brulé. Un récit d’après les quelques témoins survivants et les pompiers.
Cette discothèque tristement célèbre s’appelait le Cinq-Sept. Elle était située à Saint-Laurent-du-Pont en Isère, entre Chambéry et Grenoble.
C’était un lieu dédié à la fête et à la joie mais qui s’est transformé, en quelques minutes, en lieu de mort et d’extrême malheur.
Cent quarante-six morts au total ont été répertoriés. Toutes ces victimes étaient des jeunes gens âgées de 14 à 25 ans. A ce jour ce drame reste la plus grande catastrophe en nombre de victimes et notamment de jeunes victimes. La ville de Chambéry en Savoie a payé le plus lourd tribu à la Grande Faucheuse. Beaucoup d’amis et de connaissances ont perdu la vie ce 1er novembre 1970.
Mardi 3 novembre à la pause de midi, après les cours, dans le foyer de mon école à Lyon. Je feuillette le journal ‘’le Progrès’’ où figure une première liste des victimes identifiées de l’incendie du Cinq-Sept. Très vite apparait le nom de Michel Belluard.
Le ciel me tombe sur la tête. Pampy n’est plus.
La question que l’on peut se poser est : Pourquoi Pampy ?
Parce qu’il devait mourir d’aimer une jeune femme !
Pampy était allé dans cette célèbre discothèque avec sa jeune conquête pour filer le parfait amour.
Ils s’étaient trouvés, mais la mort les a pris ensemble et réunis à jamais.
Raconté par Victor Mac le 23 mars 2025