L’Un pour l’Autre, L’Un avec l’Autre

SUITE 1 de  »AU PREMIER REGARD »

On a fait l’amour dès le premier soir.

 C’était comme ça. Il n’y a pas eu de débat comme on pourrait l’imaginer pour une première rencontre. Dans le genre « je ne couche pas le premier jour ». Pour nous ça devait se faire. On la fait. Certains diraient « c’était écrit ». Peut-être ? Mais pour nous faire l’amour deviendra existentiel, un peu comme ‘’notre pain quotidien’’. Faire l’amour n’était pas seulement un problème de sexe, c’était plus que ça et plus simple à la fois. C’était surtout être près l’un de l’autre, le plus près possible à se toucher. Comme Jo et Joelle. Peut-on faire plus près encore ? Bien sur que l’on pouvait. Alors on faisait l’amour. Toujours. Nous étions entrés en symbiose d’amour.Si elle mettait sa tête sur mon épaule et que je caressais son dos de ma main, Joelle entrait aussitôt en vibration. Elle fermait les yeux un bref instant pour se concentrer sur son désir, elle les ouvrait à nouveau et me regardait fixement au fond des yeux pour me faire partager son plaisir. C’était magique ! On ressentait et partageait ce même désir et ce même plaisir. On vivait ces instants plusieurs fois par jour car pour cela nous n’avions pas besoin d’une réelle intimité. Après notre rendez-vous au Grand Café, elle m’avait pris la main et nous sommes allés nous promener dans les rues de Chambéry. Nous nous sommes présentés l’un à l’autre.Elle s’appelait Joelle et je m’appelais Jo. Jo et Joelle. On aurait pu voir dans ce jeu de prénoms un signe du destin. Elle était élève infirmière et j’étais étudiant en école de commerce.Elle habitait Belley et moi Chambéry. Quarante kilomètres séparaient nos lieux de vie. Heureusement j’étais motorisé. C’était début juillet et nous étions en vacances. La journée avait été chaude et la soirée le sera aussi. On s’était promené dans Chambéry, le temps passait vite. On décida d’aller se baigner. On prit ma voiture et on alla au lac de Saint André près d’Apremont. On approchait de minuit et on se dit en riant « quoi de plus romantique qu’un bain de minuit sous la lune ». La plage où je garais la voiture était déserte. Nous étions seuls au monde. On se déshabilla tout naturellement sans fausse pudeur. Tout nu et main dans la main, comme des nouveaux nés venant dans un nouveau monde, nous descendîmes tout doucement dans l’eau tiède du lac. Quand l’eau arriva à nos mentons nous nous retournâmes l’un vers l’autre et nos deux corps s’épousèrent aussitôt. Pas de discours. Ces deux corps se sont reconnus. Se connaissaient-ils déjà ? Probablement. Tout doucement, c’est dans l’eau que nous commençâmes à faire l’amour. Ensuite nous sortîmes de l’eau en rampant sur le bord herbeux. Nos corps mouillés, allongés sur un coussin de verdure, commencèrent l’exploration des terrains conquis. Conquis n’est pas le mot juste car il n’y avait eu de bataille. Au contraire ces nouveaux paysages étaient ouverts, accueillant, bienveillant de douceur. Il n’y avait pas de frontière.Le plus étrange, à travers ces plaisirs érotiques nouveaux et très forts que nous ressentions, c’est que nous avions vraiment l’impression de les avoir déjà vécus. Nos corps ne s’étaient-ils pas reconnus ? Peut-être dans une autre vie où nous étions déjà amants. Après ces belles jouissances nous nous sommes assoupis, nos corps étroitement embrassés par nos bras enlacés. Nous étions seuls au monde. Une brume couvrait l’eau du lac et nous enveloppait comme un voile de coton. Nos corps, encore nus, ressentaient la fraicheur du matin et cela nous a réveillé. Nous nous réfugiâmes dans la voiture pour nous habiller et nous réchauffer. L’aube ne devrait plus tarder.C’était dimanche et la journée nous appartenait. Et la vie aussi.  Belley et Chambéry. Si proches et si éloignées en même temps. Séparées par une montagne, le mont du Chat et un fleuve immense, le Rhône. Ce n’était pas rien. Heureusement un tunnel avait été creusé dans la montagne et un pont enjambait l’impétueux fleuve ce qui nous permettrait de nous rejoindre rapidement. J’étais bien motorisé. Avec ma Coccinelle, en moins d’une heure je rejoignais Joelle à Belley. Sans nous être concertés nous nous étions éloignés de nos milieux habituels aussi bien familial qu’amical. Nous n’étions pas complètement coupés de nos entourages mais nous préférions être le plus souvent ensemble sans être obligés de trop partagé nos vies avec les autres. On vivait le plus souvent dans la région de Belley et on faisait régulièrement des escapades à Chambéry. Pendant les vacances d’été Joelle faisait un stage d’infirmière à l’hôpital de Belley. Moi, pour me faire de l’argent, je travaillais pendant les vacances comme déménageur aux établissements Blache et Cie. Ce travail, assez pénible et qui demandais beaucoup de technicité, était extrêmement bien rémunéré. Entre deux et trois fois le Smic de l’époque. Vers la mi-juillet j’ai eu un accident du travail. En transportant le coffre d’un notaire je me suis fais une déchirure musculaire des muscles dorsaux.Quatre semaines minimums d’arrêt de travail tout en continuant de toucher mon salaire. C’était l’Amérique. A part les visites hebdomadaires chez le médecin je passais toute ma convalescence à Belley auprès de Joëlle. Je louais une petite chambre dans un petit hôtel très bon marché du boulevard du Mail. Cela nous arrivait aussi de dormir chez des amis lorsqu’il y avait des soirées par exemple. Les vacances terminées, nous avons repris nos études respectives d’infirmière pour Joelle et de management pour moi. Les jours et les semaines s’écoulaient lentement. Trop lentement à notre gout. On attendait la fin de la semaine avec impatience On se rejoignait le week-end chez une amie à Belley. Le premier arrivé attendait l’autre chez cette jeune femme dont le père était dentiste. Nous avions tellement faim l’un de l’autre que quelquefois, avant de se parler nous faisions tout de suite l’amour dans la chambre de l’amie complice. On aurait pu penser que cette vibration des corps allait disparaitre ou s’atténuer avec le temps qui passe. Au contraire elle était toujours là, bien présente toujours disponible sous la main, pour ainsi dire. Un jour nous étions allés passer la soirée à Hauteville-Lompnes. Il y avait une sorte de célèbre château qui faisait hôtel, restaurant et qui avait une boite de nuit dans les sous-sols du donjon. Nous dansions Joelle et moi tendrement et étroitement enlacés l’un à l’autre. Je me souviens bien de ce moment-là. Le disc-jockey avait mis ‘’Only you’’ des The Platters. A peine la chanson avait-elle débutée et que le rythme de la langoureuse musique atteignait nos oreilles, le corps de Joelle entra rapidement et si fortement en résonnance que cela devint très vite intolérable. Nous nous sommes promptement éclipsés de la piste de dance. Ensuite j’ai soudoyé un des serveurs pour avoir une chambre dans l’hôtel. A peine la porte de la chambre refermée nous nous sommes écroulés au sol et nous avons fait notre première séance d’amour sur la moquette. Après avoir été rassasiés par cette première rasade nous nous sommes mis sous la couette dans lit. Une fois que nous avions retrouvé notre souffle et la maitrise de nos sens nous avons fait de nouveau et très lentement l’amour. Oui ‘’Only you’’ des The Platters était la chanson qui avait été écrite pour nous. C’était notre chanson fétiche :  

Toi seul peux faire en sorte que tout ce monde semble bien
Only you can make all this world seem right
 
Toi seul peux éclaircir les ténèbres
Only you can make the darkness bright

Seulement toi et toi seul peux me faire vibrer comme tu le fais
Only you and you alone can thrill me like you do

Et remplis mon cœur d’amour pour toi seulement
And fill my heart with love for only you

Oh, toi seul peux faire tout ce changement en moi
Oh, only you can do make all this change in me

Car c’est vrai, tu es mon destin
For it’s true, you are my destiny

Quand tu me tiens la main, je comprends la magie que tu fais
When you hold my hand I understand the magic that you do

Tu es mon rêve devenu réalité, mon seul et unique toi
You’re my dream come true, my one and only you

Oh oh, toi seul peux faire ce changement en moi
Oh oh, only you can do make this change in me

Car c’est vrai, tu es mon destin
For it’s true, you are my destiny

Quand tu me tiens la main, je comprends la magie que tu fais
When you hold my hand I understand the magic that you do

Tu es mon rêve devenu réalité, mon seul et unique toi
You’re my dream come true, my one and only you

Où allions-nous comme ça ? On n’en savait rien et on ne se posait pas vraiment la question. La seule chose que nous savions c’est que nous voulions y aller ensemble.

Victor Mac le 10 septembre 2024


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