Ce jour-là il faisait très chaud et le soleil brillait de tous ses feux. Avec un ami nous étions assis à la terrasse du Grand Café, à l’ombre, sous les portiques de la rue de Boigne à Chambéry. Un peu désœuvrés nous devisions en buvant notre café.
Beaucoup de badauds se promenaient en admirant les vitrines. Soudain, parmi les promeneurs, deux jeunes femmes apparurent dans la lumière, baignées par le soleil qui passait entre les arcades. Elles déambulaient lentement sous les portiques en se tenant par le bras passant de l’ombre à la lumière et ainsi de suite. Légèrement vêtues leur blondeur resplendissait au soleil. Une des jeunes femme, grande, élancée, longs cheveux était vêtue d’une jupe ultra courte. Elle avait de longues et jolies jambes. Le tout légèrement halé. Attiré par cette apparition je lève mes yeux vers son visage. Son regard était dirigé vers moi. Nos yeux se sont accrochés instantanément et ils le sont restés tout le temps de leur passage devant notre table. Et même un peu plus car sa tête s’était tournée vers moi.
J’étais sidéré mais, en fait, j’étais déjà subjugué. La suite le prouvera. Quelque chose était en train de se passer que je ne comprenais pas. Une émotion, un tremblement me traversait le corps. Alors qu’elles s’éloignaient, je bondis de ma chaise comme un ressort et accélérait le pas pour les rejoindre. Je me plantais devant elles, elles s’arrêtèrent, et avec une audace que je ne me connaissais pas je dis, direct, en regardant la jeune femme dans les yeux :
« Mademoiselle je souhaiterais vous revoir. Pensez-vous que ce soit possible ? ».
Ses yeux dans mes yeux, avec un léger sourire elle me dit :
« Nous allons faire des courses avec Maman et cela va nous prendre un peu de temps »
« Aucun problème je vous attendrais le temps qu’il faudra »
« Alors dans ce cas d’accord. On aura fini vers six heures ce soir où puis-je vous retrouver ? »
« Là, je vous attendrais à la terrasse de ce café »
Et je lui désignais de la main le café où j’étais assis précédemment. »
« A tout à l’heure ».
Elles s’éloignèrent tranquillement, bras dessus bras dessous, en direction du Château. Cette scène avait durée moins d’une minute. Aucun mot inutile n’avait été échangé. Mais le monde avait déjà changé.
Je retournais vers la table où m’attendais mon copain. J’étais comme étourdi. J’avais des étoiles pleins les yeux. Qu’est-ce qui m’arrivait ? J’avais osé mais je ne comprenais pas pourquoi. J’avais été poussé par une force irrésistible. En moins de cinq minutes j’avais un rendez-vous avec la plus belle fille que je n’avais jamais vu.
Je me suis assis à côté de mon pote. Il n’avait rien compris à mon attitude et à ce que j’étais allé faire vers ces deux femmes.
« Qu’est-ce que tu es allé faire vers ces deux nanas ? Tu les connais ? » Me dit-il.
Je répondis un peu bêtement « Non, Non Rien ».
« J’ai un rendez-vous avec la fille en mini-jupe. »
« Tu rigoles, tu ne les connais pas et tu as un rencard avec une des filles ? »
« Elle est avec sa mère et elles vont faire des courses. »
Je regarde ma montre et je dis :
« J’ai rendez-vous là dans ce café dans exactement trois heures et demie. »
« Tu rigoles. Elle ne viendra pas. Tu verras, ce sera un beau lapin. »
Voulait-il me casser la baraque, détruire mon rêve, ou tout simplement me faire redescendre sur terre ? Eh bien non. Ça n’a pas marché.
Au fond de moi je n’avais aucun doute, ni aucune peur. Je ressentais même un calme intérieur, un apaisement. Comme après une tempête quand le vent cesse de souffler et que la nature ne tremble plus. Je savais qu’elle serait au rendez-vous.
Je me rendis compte que je ne savais même son nom et qu’elle ne savait pas le mien. Pas de problème on verra ça lorsqu’elle sera là.
Je regardais ma montre, j’avais environ trois heures à tuer et je n’étais pas impatient. Je décidais d’aller faire une visite à la librairie qui était un peu plus loin sous les portiques et où j’avais l’habitude d’acheter mes livres. Je me disais trouve un bon livre et tu ne verras pas passer le temps. J’ai acheter un polar de James-Hadley Chase, auteur que j’aimais beaucoup. Je retournai au Grand café et assis à la terrasse je me plongeais dans l’intrigue de ‘’La chair de l’Orchidée’’. Et le temps passa.
« Je suis là ! »
J’ai levé la tête et je la vis devant moi.
Elle souriait.
« Je n’ai pas été trop longue » dit-elle en s’asseyant à côté de moi.
« Oui. Non. Je ne crois pas » Je répondais n’importe quoi, pris à nouveau par cette émotion que j’avais ressenti en la voyant pour la première fois. Je me repris en main et je dis :
« Voulez-vous boire quelque chose ? »
« Non merci. Je viens juste de prendre un thé avec maman. On peut aller se promener si tu veux bien ? » Elle s’adressait à moi en me tutoyant comme si on se connaissait depuis toujours.
On se leva et on partit côte à côte en direction des Éléphants.
Tout naturellement elle me prit la main, …. et toutes les lumières s’allumèrent.
Toutes les lumières se sont allumées et on ne s’est plus quitté ….
Victor Mac samedi 2 mars 2024